Le retour de la doctrine Brejnev edit

Jan. 24, 2022

La fascination des souverainistes européens pour la Russie poutinienne comporte un paradoxe, toujours plus flagrant avec les années : en matières de relations internationales celle-ci se rapproche de plus en plus de la « théorie de la souveraineté limitée » formulée en 1968 par l’URSS pour justifier l’écrasement du Printemps de Prague. La simple façon dont ont été conduites les négociations sur l’Ukraine, comme si les principaux concernés n’avaient pas voix au chapitre, en donne une assez bonne idée, même si l’on pointera dans ce cas précis une certaine symétrie entre Moscou et Washington, qui retrouvent spontanément les habitudes de la Guerre froide. Mais il y a une différence de fond entre les deux capitales : la désinvolture américaine n’empêche pas une reconnaissance fondamentale du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, alors que les Russes sont engagés dans une remise en cause de ce concept central des relations internationales.

Vous avez dit bizarre?

La phraséologie russe est certes à géométrie variable, et même d’une souplesse remarquable sur le sujet. Certaines interventions extérieures y font référence comme un principe intangible. On pense à l’intervention de 2008 en Géorgie pour « défendre » les Ossètes et les Abkhazes, au référendum éclair qui permit l’annexion de la Crimée en 2014, et depuis bientôt huit ans à la « défense » des habitants du Donbass opprimés par les « fascistes » de Kiev.

Poutine faisait mine en 2021 de craindre un « génocide » dans le Donbass. La Russie, défenseur des peuples ? Écoutons le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, en février 2014 lors de la Conférence sur la sécurité à Munich : « Je voudrais citer également les paroles du représentant officiel du Département d'État américain [lors du sommet de l’OTAN à Bucarest, en 2008], qui sont gravées dans ma mémoire : ‘Les États-Unis espèrent que l'Ukraine va former un gouvernement qui assurerait l'unité politique et la prospérité économique, soutenu par le FMI et en réponse aux aspirations du peuple ukrainien vers l'avenir européen’. Si c’est la confirmation de la liberté de choix, alors la liberté du peuple ukrainien est traitée de manière bizarre, parce que, en fait, un choix est en train d'être imposé, ce que la Russie ne veut pas et ne va jamais faire. »

La position de Lavrov avait sa logique, certes bizarre elle aussi. Mais le temps en a rendu raison. La relative confusion qui régnait en février 2014 s’étant aujourd’hui dissipée, on s’arrêtera ici sur deux assertions qui se sont avérées des contre-vérités.

« Un choix est en train d’être imposé » ? Rien à l’époque ne permettait de l’affirmer d’une façon aussi ferme, et tout indique aujourd’hui que le peuple ukrainien a fait en toute autonomie le choix de l’Occident.

« Ce que la Russie ne veut pas et ne va jamais faire » ? En 2014 c’était notoirement faux, après l’empoisonnement d’un candidat à la présidence (2004), les trois « guerres du gaz » des années 2005-2009, et les multiples pressions exercées pour infléchir et contraindre les choix ukrainiens lors de la présidence Ianokovytch (2010-2014). Depuis 2014, l’action menée par une Russie soutenant activement les insurgés du Donbass et cherchant par tous les moyens à affaiblir l’État ukrainien est parfaitement explicite et désormais menée à visage découvert. Ironiquement, le caractère massif et explicite de cette politique de contrainte a raidi les Ukrainiens, confortant au fil des années un désir de plus en plus marqué de s’éloigner de la Russie, culturellement, linguistiquement, politiquement et stratégiquement.

Cette divergence se laisse de plus en plus décrire comme une agrégation de blocs adverses, retrouvant la logique de la Guerre froide. Même le défunt Pacte de Varsovie réapparaît sous la forme de l’Organisation du Traité de Sécurité Collective qui intervient au Kazakhstan et manœuvre opportunément en Biélorussie. Cette grille de lecture est d’ailleurs celle favorisée par les Russes, qui retrouvent un statut de grande puissance dans cette construction du monde polarisée entre Moscou et Washington.

Pour autant, sans écarter cette interprétation il ne faut pas méconnaître la dimension régionale de ce qui se joue. À cette échelle il s’agit bien de géopolitique, mais ce n’est pas l’influence de l’Amérique, la menace de l’OTAN ou l’attraction exercée par l’Union européenne qui sont le nœud du problème. C’est d’abord et avant tout la souveraineté ukrainienne, dont les Russes font mine de se soucier, mais qu’ils cherchent d’abord à réduire et, comme on va le voir, à nier.

Un négationnisme

On peut distinguer trois ressorts de ce glissement progressif vers ce qu’il faut bien appeler un négationnisme.

Le premier, ce sont les intérêts politiques, économiques et stratégiques de la Russie, dans un contexte qui a vu une zone intégrée économiquement, politiquement et démographiquement se désintégrer brutalement en 1991. Les liens mis à mal n’ont pas disparu, des réseaux de pipelines aux diasporas croisées. Il existe objectivement dans l’ensemble des anciennes républiques soviétiques des intérêts russes, à commencer par les citoyens de la Fédération de Russie. La défense de ces intérêts et l’ambition de renouer les liens sont au cœur d’un certain nombre de projets transnationaux, qui ont été accueillis diversement par ses voisins. Avec Kiev, les tensions des années 2000 tournent notamment autour de cette réintégration, dont l’Ukraine aurait été un élément clé. La constitution d’une union douanière (2010) devenue en 2015 Union économique eurasiatique, s’est faite sans elle, au grand dam de Moscou qui a pourtant pesé de toutes ses forces, jouant du bâton et de la carotte.

Le deuxième ressort, particulièrement sensible depuis 2013 mais discernable dès 2004, est l’inquiétude du Kremlin devant les mouvements démocratiques : la souveraineté ukrainienne est ici prise dans le filtre des « révolutions de couleur », forcément illégitimes et téléguidées de l’étranger aux yeux de Moscou. Le mouvement de contestation qui a précédé et suivi l’élection présidentielle russe de 2012 a clairement marqué un raidissement du régime poutinien, désireux d’éviter toute propagation. La dimension idéologique de défense d’un modèle alternatif aux démocraties libérales est désormais centrale. On notera ici un rebouclage avec la doctrine Brejnev, dont l’enjeu immédiat était le verrouillage politique et l’écrasement des aspirations démocratiques dans les États-satellites de l’URSS.

Le troisième ressort est une visée explicitement impériale, portée d’abord par une partie des élites russes et qui semble avoir pris une part grandissante dans la vision de Vladimir Poutine au cours de ses deux premiers mandats[1]. Ses enjeux ne sont plus les intérêts ou l’influence, mais bien la puissance, l’imperium. Différents concepts ont permis sa formulation progressive.

La notion d’« étranger proche » («Blijnieie Zaroubiejie», «proche» et «au-delà de la frontière»), bien antérieure à l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine[2], est réservée aux anciennes républiques soviétiques (dont l’Ukraine, la Biélorussie, le Kazakhstan, les trois pays Baltes et la Moldavie). Cette notion renvoie à une zone où les intérêts russes sont directement en jeu, et en tire une doctrine éclatée dans un certain nombre de documents et de déclarations, dont le fond est que la Russie est légitimement fondée à intervenir, tandis que symétriquement les autres puissances sont invitées à se faire discrètes. Formellement, l’espace de l’étranger proche couvre la CEI, dont la fondation en décembre 1991 précède de quelques jours la dissolution officielle de l’URSS. Mais cette « communauté » n’aura jamais grande consistance. L’étranger proche est juridiquement moins formalisé, mais politiquement plus clair, notamment pour une raison simple : ce n’est pas un traité formalisant un compromis, mais la vision d’un seul acteur, Moscou.

Plus récente, plus floue encore mais d’une certaine façon plus ambitieuse, vient ensuite « le monde russe », formule géopolitique à plusieurs niveaux dont l’enjeu principal est de glisser insensiblement de la proximité culturelle et historique à une symbiose politique qui peut prendre la forme d’une absorption. Vladimir Poutine l’a employée en 2014 après l’annexion de la Crimée, et elle revient régulièrement depuis, dans la communication officielle mais aussi dans les conversations. En russe, l’expression Russki Mir porte une ambiguïté (apparue avec la réforme de l’orthographe de 1918) : mir (мир) désigne à la fois le monde et la paix. Russki Mir, ce n’est donc pas seulement le monde russe mais aussi la paix russe, comme un écho lointain à cette autre forme impériale, la pax romanaMir, c’est enfin et aussi le village envisagé non pas comme un lieu mais comme une communauté. Le terme a été très utilisé à l’époque soviétique (la station Mir en porte témoignage), et la « puissance de paix » célébrée pendant des décennies par les communistes français porte la marque de ce jeu de représentations. Mais cette communauté pacifique aux allures de paroisse orthodoxe porte en elle une virtualité plus inquiétante : s’écarter du monde russe, c’est aussi, littéralement, s’écarter de la paix russe. C’est se faire des ennemis.

Entre l’étranger proche et le monde russe, des glissements peuvent s’opérer. En 2014, la propagande poutinienne a cherché à imposer l’expression Novorossiya (Nouvelle-Russie), pour désigner une bande de terre située entre la mer d'Azov et la mer Noire. L’offensive a échoué, et le terme est aujourd’hui moins utilisé, mais si une nouvelle attaque a lieu sur ce territoire jugé stratégique gageons que l’expression reviendra en faveur. Historiquement, elle est d’ailleurs extensible jusqu’au Dniepr.

On voit ici comment, par la magie de l’onomastique et la légitimité douteuse d’une histoire déjà ancienne, l’étranger proche réintègre pleinement le monde russe. Ce glissement mérite d’être interrogé, car il nous amène au cœur du problème. Les éléments évoqués jusqu’ici (défendre ses intérêts, freiner la dangereuse démocratie, réintégrer un espace désintégré) ne rendent pas parfaitement compte des ambitions et aspirations de la Russie poutinienne. Comment qualifier le mouvement multiforme et pas totalement cohérent par lequel elle cherche à aimanter ses voisins ?

«Aussi patiente qu’implacable»

Nous avons utilisé ici le terme d’empire. Un concept comme l’impérialisme peut sembler anachronique, mais il permet d’éclairer certains aspects d’une réalité complexe en rappelant par exemple l’importance historique, d’un régime à l’autre tout au long de l’histoire russe, d’un État centralisateur qui s’est développé par conquêtes successives. L’héritage impérial anime profondément le rapport de la Russie à ses voisins occidentaux (y compris dans le régime de justification de ses annexions récentes), mais aussi plus profondément le rapport étrange entretenu par cet immense pays avec des frontières qui ont longtemps été des marches. « Nous n’avons point trouvé d’autre moyen de défendre nos frontières que de les étendre », écrivait Catherine II à Voltaire. Sans doute faut-il prendre en compte cette conception dynamique de la frontière, où la défense passe par la conquête, pour comprendre les circonvolutions russes. Bien sûr, on ne peut s’y arrêter, sauf à entrer dans un monde qui ne serait plus ni intellectuellement le nôtre, ni juridiquement celui des relations internationales et, revenons-y, de leur pierre angulaire, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

La référence à la doctrine Brejnev est, elle aussi, éclairante – et elle est aussi contestable. Éclairante parce qu’elle associe à la défense de l’empire une opposition décidée à la démocratie, l’une et l’autre focalisées sur un Occident séduisant et menaçant. Éclairante parce que les mouvements de troupes et les bruits de bottes des années récentes évoquent furieusement le Pacte de Varsovie, bras armé de cette doctrine formulée en 1968 pour justifier l’intervention à Prague (on notera au passage que M. Poutine, de passage à Budapest en février 2015, est allé se recueillir sur les tombes des soldats soviétiques envoyés écraser l’insurrection de 1956). Néanmoins, la référence à la doctrine Brejnev est contestable, parce qu’elle fut formulée pour justifier des interventions dans les démocraties populaires, alors que l’essentiel de ce qui se joue aujourd’hui concerne les anciennes républiques soviétiques.

Mais la différence est-elle si nette, si l’on considère les dynamiques historiques ? Les Ukrainiens d’aujourd’hui sont confrontés, d’une manière culturellement plus inconfortable que les Tchèques ou les Polonais d’hier du fait de leur histoire politique et linguistique, à ce que Milan Kundera, dans un texte retentissant publié en 1984, appelait « une russification aussi patiente qu’implacable[3] ». Peut-être l’ultime enjeu est-il celui-ci. Non pas seulement pour la Russie l’ambition de retrouver un statut de grande puissance, ou de définir sa relation à l’Occident, mais le fil renoué d’une dynamique d’absorption nationale, de lente digestion des peuplades voisines et de leurs territoires. Ceux-ci furent vides, celles-ci ne sont pas des nations : ces pays, ces peuples, ces nations n’existent pas. Comment comprendre autrement le stupéfiant article publié par Vladimir Poutine en juillet 2021, dans lequel il écrit que Russes et Ukrainiens ne forment « qu’un seul peuple » ? De l’irrédentisme des années 2014-2020 (la « défense » des Russes ethniques vivant dans l’Est de l’Ukraine), on passe à la négation pure et simple d’une identité ukrainienne et par extension de la réalité d’une nation ukrainienne[4].

Il ne s’agit pas ici que de cynisme, même si personne n’est dupe du tour de passe-passe : sans peuple, pas de droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Mais pour comprendre le sentiment de profonde légitimité qui semble habiter Vladimir Poutine, pour rendre raison des contrevérités et des incohérences de la position russe, on est obligé de saisir cette perspective longue, qui dépasse de loin MM. Poutine et Lavrov. Il faut revenir à l’étonnante conception de la frontière formulée par Catherine II dans sa lettre à Voltaire, et qui exprime une réalité géopolitique en contradiction flagrante avec l’ordre plus strict des relations internationales : la Russie est fondamentalement un pays qui s’étend, non pas seulement au sens de l'étendue mais au sens de l'extension. La Russie poutinienne est l’héritière directe de celle des princes de Moscovie : elle absorbe et digère inlassablement ce qui l’entoure. Ce mouvement entamé au XVIe siècle ne se confond pas avec l’impérialisme moderne, ni avec un nationalisme de conquête comme celui du IIIe Reich qui marquait fortement la différence entre Allemands et Slaves. C’est plutôt un processus historique de « nationalisation », à grande échelle, qui passe par la russification évoquée par Milan Kundera. 

Ce mouvement n’est évidemment pas un long fleuve tranquille. Il s’est heurté dans les années 1830-1840 à une butée inattendue, avec l’essor du sentiment national dans ce qui redeviendrait la Pologne et dans d’autres marches de l’empire[5]. La Russie absorbante, unifiante et russifiante fut alors renvoyée à sa dimension d’empire, et de « prison des peuples » (la formule est de Lénine, mais on rencontre cette idée chez Custine en 1839). C’est en réaction à cet essor des nationalismes slaves que la dynamique d’absorption se mue officiellement, sous le règne d’Alexandre III, en une politique officielle de russification culturelle, religieuse et linguistique[6].

Après avoir été recouvert par l’histoire soviétique, qui le déjoue et le rejoue en même temps (en étatisant les peuples des steppes asiatiques, devenus nations), après avoir été cassé en 1991, ce mouvement a repris. Et, une fois encore, il se heurte à la montée d’un sentiment national qui est tout aussi puissant que lui, et qui prend consistance en lui résistant. Il se heurte aussi à un jeune État-nation, qui oppose ses lois et l’ordre international à la « lame de fond » géopolitique de l’histoire russe.

C’est cette résistance, au sens le plus physique du terme, que la Russie poutinienne (du président à une large partie de la population) méconnaît, peine à comprendre, saisit comme profondément illégitime, et tente désespérément de nier. Le peuple ukrainien, aux yeux de Poutine et dans le langage du « monde russe », n’existe pas. Ce ne sont pas l’indépendance, les alliances économiques ou stratégiques de l’Ukraine qui menacent la Russie. C’est le déni opposé au monde russe, cette entité en expansion lente qui se vit comme plus puissante, plus ancienne et plus légitime que les notions dérisoires de la modernité occidentale, comme l’ordre international, la souveraineté ou le droit des peuples. Les peuples ? Quels peuples ?

Cet article a été traduit en anglais dans le Green European Journal, qui en a publié aussi une version albanaise. Une version polonaise a été publiée par Krytyka Polityczna.

[1] Sur les points d’inflexion, vers 2002-2003, voir l’excellent livre de Catherine Belton, Putin’s People: How the KGB took back Russia and then took on the West, New York, Farrar, Strauss & Giroux, 2020.

[2] Jean-Sylvestre Mongrenier et Françoise Thom, Géopolitique de la Russie, PUF, 2e édition, 2018.

[3] Milan Kundera, « Un Occident kidnappé », Le Débat, novembre 1983. Nous citons l’édition en volume publiée en 2021 chez Gallimard, p. 46. L’écrivain évoque ici plus précisément la Pologne, et avec elle l’Europe centrale. Mais quelques paragraphes pages plus loin il élargit l’espace de référence, évoquant la Russie « uniforme, uniformisante, centralisatrice, qui transformait avec une détermination redoutable toutes les nations de son empire (Ukrainiens, Biélorusses, Arméniens, Lettons, Lithianiens, etc. en un seul peuple russe » (pp. 47-48).

[4]. Vladimir Poutine marche ici (comme Staline avant lui) sur les traces de Catherine II : en 1775 l’impératrice frappa d'interdit le nom même des Cosaques Zaporogues, qui occupaient les steppes entre le Boug et le Dniepr avant que l’Empire les conquière et les baptise Nouvelle-Russie (Oui, Novayarossiya). Tant que les Zaporogues avaient été utiles pour lutter contre les khans de Crimée, l’impératrice les avait tolérés. La guerre à peine terminée, elle décida de s’en débarrasser... et de faire disparaître non seulement leur entité politique, mais leur nom même, comme le précise un manifeste impérial du 5 août 1775 : « Nous voulons par le présent manifeste annoncer aux fidèles sujets de notre Empire que la Sietch zaporogue est définitivement démantelée et qu’à l’avenir, le nom même de Cosaque Zaporogue sera interdit, car l’outrecuidance de ces Cosaques, qui ont enfreint Nos Ordres Suprêmes, a offensé Notre Majesté Impériale. » Pour plus de détails, et notamment d’intéressantes remarques sur le traitement de ces questions par l’historiographie soviétique, voir Michel Heller, « La politique extérieure de Catherine II », in Histoire de la Russie et de son empire, Perrin, 2015, pp. 846-876.

[5] On renverra ici aux analyses classiques de Benedict Anderson, Imagined Communities: Reflections on the Origin on the Spread of Nationalism, Verso, 1983.

[6]. Voir B. Anderson, op. cit., p. 87 et sq., pour une brève histoire de la russification linguistique et de ses enjeux politiques au sein de l’empire. De cette histoire séculaire, la politique poutinienne n’est qu’une branche. Une autre branche, littéraire, trouve une illustration dans le fameux poème de Brodsky sur l’indépendance ukrainienne, dans lequel perce un extraordinaire mépris culturel, renvoyant les Ukrainiens aux « conneries de Taras » [Chevtchenko], opposées aux « lignes d’Alexandre » [Pouchkine] : Только когда придет и вам помирать, бугаи, /  будете вы хрипеть, царапая край матраса, / строчки из Александра, а не брехню Тараса. »