Les enjeux du referendum grec… s’il a lieu ! edit

July 1, 2015

Le président de la Commission européenne a dit la vérité sur le prochain referendum grec. Il en a donné le sens, à l’opposé de celui que lui donne le gouvernement grec. S'adressant aux parlementaires grecs, Alexis Tsipras a estimé que « le peuple grec dira un grand non à l'ultimatum » des « institutions européennes » et s'est dit persuadé qu' « au lendemain de ce fier non, la force de négociation du pays sera renforcée » avec ses créanciers, l’UE et le FMI. Jean-Claude Juncker lui répond qu’une victoire du non signifierait au contraire un non à l’Europe. En toute logique, il demande ainsi au peuple grec de voter oui. Alors que les chefs de gouvernements nationaux européens n’ont pas tous osé être aussi clairs, le président de la Commission, institution supranationale, a eu lui, le courage de le faire clairement. Il a eu raison.

En effet, quel que soit le souhait, encore large en Europe, de la conclusion d’un accord avec le gouvernement grec, le comportement récent d’Alexis Tsipras montre clairement qu’il envisage les relations avec les autres pays de la zone euro non pas comme celles qui doivent exister entre des partenaires négociant pour tenter de trouver un accord mais comme un combat entre la démocratie grecque et les méchants technocrates occidentaux, utilisant de plus en plus clairement le chantage et le mensonge, persuadé que les chefs de gouvernement redoutant un grexit, il est possible de les prendre en otage.

Dans ces conditions et compte tenu de la rupture unilatérale des négociations par le gouvernement grec et l’appel à voter non au référendum, il est clair qu’un tel vote conduirait presque inexorablement à une sortie de la Grèce de la zone euro. En mentant à son peuple, en lui présentant le vote non comme une manière de renforcer la Grèce dans la négociation, Tsipras prend une responsabilité historique à l’égard de son pays. La seule possibilité pour que la Grèce reste dans la zone euro est que les Grecs acceptent dimanche les propositions de l’Europe. Il faut donc que tous les gouvernements de la zone aient le courage de le dire clairement à la population grecque puisque son gouvernement n’a pas voulu le lui dire. Si le non l’emporte, la Grèce sortira de la zone euro. Si le oui l’emporte, le gouvernement grec devra donner sa démission et organiser de nouvelles élections. Si les partisans de la négociation l’emportent, les négociations pourront reprendre, certes avec difficulté compte tenu du temps perdu et des enchaînements négatifs produits. Tsipras s’est ainsi mis lui-même dans un piège dont il lui sera difficile de sortir.

Les deux erreurs commises par l’extrême-gauche grecque sont d’abord d’opposer la souveraineté grecque à la technocratie européenne. Les autres gouvernements dont les représentants discutent avec les Grecs sont tous au pouvoir en vertu d’élections démocratiques – Juncker a raison de rappeler que « en Europe, aucune démocratie ne vaut plus qu'une autre. Et dans la zone euro, il y a 19 démocraties. Non pas une contre 18, et non pas 18 contre une. Pour chacune des démocraties, un vote est un vote, un peuple est un peuple, un citoyen pris individuellement est un citoyen ». Ensuite, il est faux de ne voir de véritable légitimité que dans la démocratie et la souveraineté nationale grecques.

Cette erreur n’est d’ailleurs pas  propre à la seule Grèce. Elle est souvent commise au sein de la gauche française. Ce n’est pas un hasard si mardi dernier, Sigmar Gabriel, Vice-Chancelier et président du SPD a voulu, main dans la main avec Angela Merkel et Wolfgang Schaüble, affirmer l’unité du gouvernement allemand sur la crise grecque devant le Bundestag. Il a notamment déclaré : « La différence fondamentale entre le gouvernement grec et tous les autres gouvernements de la zone euro ne porte pas (…) sur des détails de la négociation mais réside dans le fait qu’Athènes veut modifier les conditions de coopération au sein de la zone euro ou veut au moins avoir le droit de ne pas respecter ces conditions. » Et il a ajouté : « L’idéologie ou la politique suivie par le gouvernement grec ne peut pas, in fine, remettre en question la situation économique de la zone euro dans son ensemble. (…) Que les citoyens grecs puissent se prononcer par referendum est très clair mais ce sur quoi ils se prononcent doit l’être tout autant : le cœur de la question c’est oui ou non au maintien dans la zone euro. »

De son côté, Pierre Moscovici s’est contenté de dire que même si le non l’emportait, il continuerait à tout faire pour que Grèce demeure dans la zone euro. Que signifie : « tout » ?

Ce qu’il faut répéter constamment à la gauche grecque comme à la gauche française, c’est que la création de l’euro a correspondu à un transfert de souveraineté. Appartenance à la zone euro et revendication d’une totale souveraineté nationale sont deux choses absolument contradictoires. En appeler à la souveraineté nationale contre les décisions de Bruxelles est un non sens. C’est ce qu’a compris Marine Le Pen qui s’est prononcée pour que la France sorte de la zone euro. Le gouvernement grec est malhonnête ou inconscient lorsqu’il revendique son entière souveraineté mais prétend vouloir que son pays reste dans la zone euro. Ce n’est pas un hasard si les dirigeants de Podemos en Espagne tiennent le même discours  en s’en prenant, comme Jean-Luc Mélenchon en France, au « chantage des créanciers » de la Grèce. Tous ces internationalistes sont en fait des souverainistes à tout crin.

La vérité est que les souverainistes de gauche comme de droite n’acceptent pas les règles contraignantes que les gouvernements nationaux ont pourtant adoptées ensemble. L’Europe ne se construira pas ainsi. Elle ne se construira qu’avec des gouvernements et des peuples estimant nécessaire et positif de transférer à l’UE et à la zone euro une part de leur souveraineté.  C’est ce que le gouvernement grec n’a pas compris ou plutôt a fait semblant de ne pas comprendre. L’Europe ne se fera pas avec des gouvernements d’extrême-gauche ou d’extrême-droite : avec eux, elle ne pourra que se défaire.

Il y avait deux utilisations possibles du referendum par le gouvernement grec. Si ce gouvernement voulait réellement que la Grèce reste dans l’euro, voyant que ses partenaires au sein de la zone n’iraient pas plus loin dans la négociation, il pouvait demander aux Grecs d’accepter les propositions européennes. La seconde option était de dresser le peuple grec contre l’Europe pour améliorer le rapport de forces. C’est cette dernière option qu’a retenue le gouvernement… jusqu’à aujourd’hui où les bruits les plus fous circulent selon lesquels Tsipras pourrait annuler le referendum ou appeler finalement à voter oui contre de nouvelles propositions de Bruxelles. La politique tourne au vaudeville, traduisant surtout le côté gambler de ce gouvernement et du coup sa légèreté compte tenu de l’immense responsabilité qui est la sienne. Tsipras décidera peut-être d’annuler son referendum, prenant conscience finalement des dangers funestes qu’il recèle. Il mettrait ainsi un point final à une aventure sans autre issue.