Les Américains, Trump et le Venezuela edit
L’opération de Donald Trump au Venezuela est majoritairement critiquée par les Américains. C’est ce que montre, parmi plusieurs sondages, celui réalisé par YouGov les 5 et 6 janvier (tableau 1). Les électeurs démocrates mais aussi les électeurs indépendants s’opposent à l’intervention de l’armée dans cette opération. Seuls les électeurs républicains la soutiennent, et même partiellement pour un tiers d’entre eux, tandis que 16% y sont opposés. Ils s’opposent à l’enlèvement de Maduro et, même chez les électeurs républicains, seule une moitié le soutient totalement. Plus généralement ils désapprouvent la gestion de la question vénézuélienne par le président Trump. Pour les Américains Trump n’est pas l’homme de la paix dont il voudrait imposer l’image.
Tableau 1. Une opération désavouée

Ainsi, seuls un quart d’entre eux pensent qu’il devrait recevoir le prix Nobel de la paix. Chez les électeurs républicains, cette proportion n’est que la moitié.
La critique de cette opération se fonde chez les Américains sur deux raisons : son non-respect des règles nationales et internationales et la nature de ses motivations (tableau 2). Les Américains regrettent que Trump n’ait pas demandé l’autorisation du Congrès avant d’engager l’armée dans cette opération et estiment qu’elle est illégale au regard de la loi internationale. Les électeurs républicains eux-mêmes ne sont que 55% à l’estimer légale au regard de cette loi. Quant aux motivations, l’opinion n’est pas dupe de celles qui animent le président américain : une majorité estiment que l’accès au pétrole vénézuélien est une raison majeure alors que 18% seulement pensent que la promotion d’une gouvernance démocratique est une raison majeure.
Tableau 2. Une opération suspecte dans sa réalisation comme dans ses motivations

Les raisons du désaccord de l’opinion publique avec Trump s’éclairent à l’examen de ses projets concernant la phase politique qui s’ouvre au Venezuela (tableau 3). Seuls 35% sont favorables au contrôle du pays par les États-Unis et parmi eux seulement les deux-tiers des électeurs républicains. Parmi ces 35% la moitié seulement est favorable à l’intervention de l’armée dans cette prise de contrôle. La culture démocratique des Américains paraît bien vivante : une écrasant majorité dans tous les électorats estime que c’est au peuple vénézuélien de désigner le futur pouvoir et non au gouvernement américain. Les deux tiers d’entre eux souhaitent soit de nouvelles élections (48%) soit l’investiture du leader de l’opposition (20%).
Tableau 3. La prochaine phase espérée

En revanche ils ne sont que 11% à souhaiter soit le maintien au pouvoir de la vice-présidente actuelle, soit l’exercice du pouvoir par les Etats-Unis eux-mêmes. Ici encore l’électorat républicain ne se distingue pas des deux autres électorats.
Les Américains, attachés à la démocratie libérale, rejettent le caractère mafieux du pouvoir trumpiste. À la question du contrôle que Trump veut accorder aux compagnies américaines sur les réserves de pétrole vénézuéliennes leur réponse est claire : seuls 19% se disent d’accord avec ce que prétend faire le président américain. Démocrates et anti-impérialistes, c’est d’abord sur eux que se fonde notre espoir de voir la démocratie libérale rétablie aux États-Unis.
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