Après le Venezuela: Taïwan? edit
Les commandos chinois ont fait comme la Delta Force américaine pour Caracas : ils ont reconstitué, loin dans les steppes, le palais présidentiel de Taipei, au centimètre près, pour peaufiner une opération spéciale. Laquelle ? L’enlèvement du Président démocratiquement élu, le Dr. Laï Ching Te ? Même Pékin ne pourrait « vendre » au reste du monde le narratif d’une opération de soi-disant politique intérieure au nom du concept d’« une seule Chine ». Sans compter un risque probable de bain de sang si les forces taïwanaises réagissaient vivement, malgré la déstabilisation intérieure que mène quotidiennement sur place le Guoanbu (KGB chinois).
Si jamais Pékin montait dans l’escalade et décidait d’une invasion massive, on sait d’avance qu’une attaque amphibie serait hautement problématique. Le matériel moderne est affiché côté chinois : barges amphibies dernier cri, hélicoptères d’assaut, drones par milliers, missiles en quantité sur le continent. Le catalogue est public et impressionnant, c’est le but. Mais il n’y aurait aucun effet de surprise, clé de tout débarquement réussi. L’invasion s’enliserait sans conclusion nette dans les montagnes abruptes et les zones urbaines denses.
On n’est pas sûr que l’énorme armée chinoise soit opérationnelle en situation réelle. Elle n’a jamais fait de « vraie » guerre ni d’expédition sérieuse depuis son fiasco sans appel en 1979 face aux réservistes vietnamiens. De surcroît, la hiérarchie militaire chinoise est secouée par de récentes arrestations pour corruption : 23 généraux en un an, à commencer par les plus capés, cela fait désordre. L’ensemble du système de décision opérationnelle est tétanisé.
La marine chinoise est pléthorique — y compris les milices et les garde-côtes — ce qui permet une capacité de saturation notable. Elle a dépassé en tonnage son homologue américain. Mais elle ne peut sans doute pas soutenir la comparaison en haute intensité avec l’américaine, avec par exemple six sous-marins nucléaires d’attaque, contre 50 américains que l’on peut déployer rapidement dans le Pacifique. Et sans doute pas aux normes d’entraînement moderne : ils ont même coulé l’un des leurs en août 2023…
Si les navires chinois progressaient à découvert pour envahir Taïwan, ils ne prendraient pas le risque de laisser sur leurs arrières la menace des bases américaines au Japon, toutes proches. Attaquer de front les Etats-Unis et leur allié japonais serait une lourde décision, conduisant à une riposte de haute intensité quasi-automatique, tant par les Américains que par les Japonais, avant même que Taïwan ne soit physiquement attaqué.
Xi Jinping n’a aucun blanc-seing international dans sa sphère d’influence autoproclamée en Asie, de Taïwan à la mer de Chine. Les États-Unis viennent de vendre pour 11,5 milliards de dollars (10 milliards d’Euros) de systèmes d’armement à Taïwan, la plus grosse commande depuis des lustres. Sans — pour une fois — de politique-spectacle. La fameuse « ambiguïté stratégique » s’est évaporée.
Le Pacifique Ouest est depuis quatre-vingts ans une mare nostrum américaine. La perdre serait un désastre stratégique inenvisageable. Si l’escalade monte, Donald Trump prendra-t-il la décision d’une contre-attaque massive ? Il a trois jours maximum pour le faire. Mais alors ce serait un feu d’artifice monstrueux. Un Armageddon apocalyptique n’est une option ni pour la Chine ni pour les États-Unis. Vertigineuse équation.
Reste une pression chinoise intense sur Taïwan au-dessous du seuil armé, telle un blocus pour asphyxier Taïwan. Cette entreprise impliquerait pour Pékin de contrôler de près les voies maritimes asiatiques et de les assécher. Le prix à payer pour « punir » Taïwan serait exorbitant pour tous les riverains, qui bien sûr réagiraient, par exemple en provoquant facilement une thrombose sur le détroit de Malacca. Cela conduirait à une crise économique mondiale. La Chine, dont on sait la forte dépendance au commerce international, en serait la première perdante : plus de matières premières importées, plus d’exportations, une récession majeure à domicile. La Chine est-elle prête à sacrifier son émergence historique pour une aventure nationaliste ? Le Parti Communiste chinois n’y survivrait sans doute pas. C’est un point existentiel. Taïwan va rester un abcès de fixation politique et ses nerfs seront soumis à rude épreuve. Mais on peut s’attendre à une forme de statu quo.
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