Espagne: ce que révèlent les dernières élections régionales edit
Quatre élections régionales se sont déroulées ces derniers mois en Espagne : le 21 décembre 2025 en Estrémadure, le 8 février en Aragon, le 15 mars en Castille-et-Leon et le 17 mai 2026 en Andalousie. Dans les trois premiers cas, les présidents conservateurs (Parti populaire, PP) ont convoqué des élections anticipées à la suite de la décision de Santiago Abascal, le leader national de Vox (droite radicale), le 11 juillet 2024, de rompre toutes les coalitions avec le PP dans les gouvernements régionaux. Il reprochait au PP une position trop conciliante concernant la politique du gouvernement Sanchez de redistribution des migrants mineurs non accompagnés dans les régions. En Andalousie, les élections se sont tenues à la date normale.
Ces quatre élections ont particulièrement retenu l’attention compte tenu du contexte national préélectoral, les prochaines élections nationales devant se tenir au plus tard en août 2027. Le premier ministre socialiste Pedro Sanchez (PSOE), par ailleurs Président de l’Internationale socialiste, est au pouvoir depuis 2018 et gouverne avec la gauche radicale depuis 2019, mais il ne dispose que d’une majorité relative aux Cortès à Madrid et n’a pas pu faire adopter un nouveau budget depuis 2023. De plus, il semble plus populaire à l’étranger qu’en Espagne où il est cerné par de nombreux scandales de corruption, même si sa politique étrangère anti-américaine et hostile à Israël recueille le soutien de la majorité de la population.
Tableau 1. Estrémadure (65 sièges)

Les résultats sont en pourcentages des suffrages exprimés et le nombre de sièges est entre parenthèses. G. Rad. : gauche radicale.
En Estrémadure, les socialistes se sont effondrés perdant 13,5 points par rapport aux précédentes régionales, alors qu’ils étaient sortants à l’époque, et 13,3 points sur les législatives du 23 juin 2023. Leur très fort recul a profité à la gauche radicale, au PP et à Vox. La participation, avec 60,8% de votants sur les inscrits, a nettement reculé par rapport à celles des précédentes régionales (70,4%), qui se déroulaient en pleine campagne nationale des législatives du 23 juin 2023, élections où la participation avait localement atteint 71,7%.
Tableau 2. Aragon (67 sièges)

Gauche radicale 2023 et 2026, 3 listes : CHA, Podemos, IU.
SALF (« La fête est finie ») : droite radicale.
En Aragon, les socialistes ont également subi un fort recul par rapport aux précédentes régionales du 28 mai 2023 (- 5,2 points), mais aussi sur les législatives (- 6,7 points). Ce recul a surtout profité à la droite radicale. Vox a fortement progressé sur 2023 (+ 6,5 points sur les régionales et +3,2 points sur les législatives) et de plus, SALF, une nouvelle liste de droite radicale, a obtenu 2,7%. La gauche radicale a faiblement progressé alors que le PP sortant a légèrement reculé. Avec 67,6%, la participation a été en léger progrès sur celle des précédentes régionales (66,5%), et légèrement inférieure à celle des législatives (70 ,6%) qui les avaient immédiatement suivies.
Tableau 3. Castille-et-Leon (81/82 sièges)

* Ciudadanos (centre droit).
En Castille-et-Leon les socialistes ont progressé légèrement sur les précédentes régionales du 13 février 2022 alors que la gauche radicale s’est effritée. Le PP sortant a progressé sur 2022 (+ 4,1%), profitant sans doute de la disparition du centre droit, mais recule sensiblement sur les législatives où le vote a été plus polarisé entre les grands partis nationaux. Vox a progressé malgré la concurrence nouvelle de SALF. La participation électorale de 65% a été en nette augmentation sur celle des régionales de 2022 (58,8%), même si elle n’a pas égalé celle des législatives de 2023 (69,4%).
Tableau 4. Andalousie (109 sièges)

Gauche radicale 2022 et 2026, 2 listes : AA (En avant l’Andalousie, liste régionaliste, dissidence de Podemos) et PA (Pour l’Andalousie, liste d’union des partis de gauche radicale).
En Andalousie, les socialistes ont encore reculé de 1,4 points sur leur lourde défaite des régionales de 2022. La progression de la gauche radicale a été uniquement due à celle de AA qui a gagné cinq points et 6 sièges sur 2022. Le PP sortant a faiblement reculé sur 2022, perdant cependant sa majorité absolue en sièges, et Vox a très peu progressé concurrencé par SALF. La participation, avec 61,9%, a fortement progressé sur celle de 2022 (56,1%) sans toutefois rattraper celle des législatives de 2022 (66,6%). Dans cette région, le PSOE s’était nettement redressé lors des législatives de 2023. Mais lors de ces régionales, ni la mobilisation de leaders nationaux (Pedro Sanchez, José Luis Zapatero), ni la décision récente, le 14 avril 2026, de régulariser plusieurs centaines de milliers d’immigrés clandestins, ne semblent avoir eu un effet favorable sur le vote socialiste qui a été loin de retrouver son niveau des législatives de 2023. De plus, la candidate socialiste Maria Jesus Montero, ancienne ministre des Finances, était beaucoup moins populaire que Juanma Moreno, le président sortant PP de la région, à fort impact électoral.
À la suite de ces résultats, en Estrémadure et en Aragon le PP a conclu un accord de gouvernement régional avec Vox. Cet accord inclut des mesures de priorité pour les locaux (type préférence nationale) en matière d’accès aux aides publiques, au logement et aux prestations sociales, mais aussi une opposition à la politique gouvernementale de répartition des migrants, l’interdiction de la burka et du niqab dans l’espace publique, une baisse des impôts et des contraintes environnementales, une augmentation des dépenses de santé et une forte réduction des subventions aux syndicats et unions patronales et à diverses associations sans utilités publiques prouvées.
En Castille-et-Leon et en Andalousie, l’élection des présidents de région n’a pas encore eu lieu, mais il ne semble pas que les Présidents sortants PP souhaitent y conclurent des accords aussi contraignants avec Vox, préférant sans doute former des gouvernements minoritaires. Ces différences locales sont la manifestation des fortes divisions internes au PP concernant les relations avec Vox. C’est pourquoi il est peu probable qu’Alberto Feijoo, le leader national du PP, clarifiera sa position avant les élections générales concernant une éventuelle alliance de gouvernement avec Vox.
Au-delà de la très large défaite des socialistes, ces élections régionales sont précieuses pour comprendre la stratégie des partis nationaux en vue des prochaines élections générales. Le PP attendra sans doute les résultats des élections pour juger, si la droite l’emporte, s’il peut former un gouvernement minoritaire ou si une alliance gouvernementale avec Vox est incontournable. De son côté, Pedro Sanchez fera certainement des alliances PP-Vox l’un de ses principaux thèmes de campagne, mais au vu des résultats de ces quatre régions, il est très incertain que cela suffise à son maintien au pouvoir, contrairement à 2023.
Ces résultats illustrent une dynamique générale dans les démocraties occidentales : la difficulté, pour les partis de gouvernement traditionnels, à prendre en compte les préoccupations de la population, notamment sur l’immigration, et à réagir face la progression électorale de la droite radicale qui y est liée, aboutit de plus en plus souvent à des gouvernements instables ou paralysés (ou les deux).
Did you enjoy this article? close
