Pourquoi la politique française ne peut plus se penser à la seule échelle nationale edit
Les canicules issues du dérèglement climatique ignorent les frontières. Tout comme les pandémies, les mouvements de capitaux, les réseaux criminels ou les campagnes de désinformation. Le prix des carburants payé par les ménages français dépend du blocage de détroits à des milliers de kilomètres et des décisions des pays producteurs ; celui de l’électricité et du gaz dépend aussi des infrastructures, des règles et des interconnexions européennes.
Dans un monde profondément interdépendant, les problèmes auxquels sont confrontés les citoyens restent vécus localement et nationalement, mais leurs causes comme leurs solutions se situent souvent à plusieurs échelles. Or le débat politique français continue largement de fonctionner comme si la nation constituait un espace autonome, au sein duquel la volonté politique pouvait librement déterminer les résultats économiques, sociaux ou environnementaux.
La politique française reste prisonnière du carcan national
Les partis français sont conçus pour un système politique dont l’État-nation constitue l’horizon principal. Leurs dirigeants et leurs candidats sont sélectionnés nationalement, leurs programmes sont élaborés en fonction des clivages français, leurs ressources dépendent de scrutins et de règles de financement nationales tandis que les lieux européens et internationaux où se négocient une partie des réponses restent périphériques dans le débat démocratique.
Ce décalage nourrit à la fois l’impuissance publique et la défiance démocratique. Les gouvernements promettent des résultats qu’ils ne peuvent obtenir seuls ; leurs opposants imputent à des décisions nationales des phénomènes qui relèvent de rapports de force européens ou mondiaux. L’Europe et la coopération internationale sont trop souvent présentées comme des contraintes extérieures, alors qu’elles sont devenues des niveaux ordinaires de l’action politique.
Ce décalage d’échelle n’explique évidemment pas à lui seul la crise de confiance politique. Mais il y contribue, la confiance accordée aux partis politiques se situe ainsi à un niveau historiquement faible, à 15% dans la dernière étude du CEVIPOF.
Des décisions européennes nécessitent des partis européens
Nous avons ainsi progressivement européanisé les politiques publiques sans européaniser la vie politique. Une part croissante des décisions qui affectent les citoyens français se prépare, se négocie ou se décide à l’échelle européenne ; mais les partis qui organisent le débat, sélectionnent les candidats et formulent les offres électorales restent principalement nationaux
C’est à ce diagnostic qu’un mouvement comme Volt Europa tente d’apporter une réponse originale. Sa singularité ne tient pas seulement à son fédéralisme ou à son attachement à l’intégration européenne. Elle tient à une conséquence organisationnelle simple : un parti qui veut agir à l’échelle européenne doit lui-même être construit à cette échelle. Volt organise ainsi la politique sous un même nom, autour d’orientations communes, au sein d’un mouvement présent dans 31 pays et déployé simultanément aux niveaux local, national et européen.
Deux propositions pour sortir du carcan franco-français
Cette logique paneuropéenne ne peut pas rester une simple méthode d’organisation partisane. Elle doit se traduire dans les institutions et dans les instruments de puissance. Sortir du carcan national suppose d’accepter que certains leviers essentiels comme la défense, l’industrie, la diplomatie, ne peuvent plus produire leurs effets lorsqu’ils restent enfermés dans vingt-sept cadres nationaux C’est ici que Volt opère une rupture plus profonde que les partis français traditionnels. Là où beaucoup continuent de penser l’Europe comme un complément de la puissance nationale, Volt propose de faire de l’échelle européenne le niveau ordinaire de certains choix souverains en fédéralisant démocratiquement les instruments de puissance. Deux propositions l’illustrent : mettre fin à l’Europe du véto et construire une véritable armée européenne.
La première proposition consiste à supprimer le droit de véto des États membres au conseil de l’union européenne. Chaque gouvernement protège son droit de blocage, et l’intérêt européen émerge difficilement. Le droit de véto a déjà bloqué la taxe sur les revenus numériques des GAFAM, le véto hongrois a systématiquement ralenti l’aide à l’Ukraine. Le Parlement européen élu par le peuple n’a donc pas les moyens de transformer l’Europe.
Volt propose de transformer le Conseil en un Sénat européen, représentant les territoires et les gouvernements dans un cadre constitutionnel clair ; généraliser la décision à la majorité qualifiée dans les politiques communes. De l’autre côté, Volt propose de donner au Parlement européen le droit d’initiative législative.
Dans le débat français, la souveraineté est trop souvent pensée comme la capacité de dire non, de bloquer ou de préserver une compétence nationale. Mais, dans une Europe fragmentée, le veto national est plutôt un mécanisme d’impuissance collective. Il permet à un État de ralentir les autres, mais rarement à l’Europe de peser face aux États-Unis, à la Chine, à la Russie ou aux grandes plateformes mondiales.
La seconde proposition consiste à construire une véritable armée européenne. À quelle échelle peut-on encore défendre efficacement les Européens ? L’invasion de l’Ukraine par la Russie a brutalement rappelé que la guerre de haute intensité n’avait pas disparu du continent. Elle a aussi mis en évidence qu’en matière de défense, les Européens dépensent beaucoup, mais restent insuffisamment capables d’agir ensemble.
La France dispose certes d’une armée complète, dotée de capacités terrestres, aériennes, navales et de la dissuasion nucléaire. Mais son budget (68 milliards de dollars en 2025[1]), est sans commune mesure face au budget russe (190 milliards), chinois (336) ou américain (954). À l’inverse, les Européens ensemble disposent d’une masse budgétaire considérable mais trop fragmentée.
Volt propose de mettre fin à cette faiblesse organisée. Une armée européenne ne se décrète pas, elle se construit par étapes. Elle suppose d’abord un bras industriel : utiliser les achats communs européens pour nourrir la base industrielle et technologique de défense européenne, mutualiser les commandes, standardiser les équipements, créer une véritable direction européenne de l’armement, et accepter la consolidation de grands acteurs industriels européens malgré la difficulté de programmes comme le SCAF. Cette armée européenne suppose ensuite un bras de commandement. Les officiers européens doivent apprendre à penser, décider et agir ensemble. Cela passe par des académies militaires européennes et par une chaîne de commandement progressivement intégrée sous l’autorité d’un ministère européen de la Défense. À terme, les déploiements extérieurs devraient être contrôlés démocratiquement par le Parlement européen, afin que l’usage de la force ne soit pas seulement fédéralisé, mais aussi démocratisé.
Ces deux propositions, Sénat européen et fin du veto d’un côté, armée européenne de l’autre, ont un point commun : elles fédéralisent les leviers de puissance européens et peuvent contribuer à construire la capacité collective de décision, de défense et d’action qui fait encore défaut.
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[1] Pensions incluses, soit le 9e budget mondial
