RN: la résistance du «plafond de verre» edit

March 11, 2020

Selon une enquête récente, 56% des personnes interrogées pensent que le Rassemblement national pourrait accéder un jour au pouvoir en  France[1]. Cette proportion n’était que de 40% en février 2018. Seuls les sympathisants de LREM sont d’un avis contraire ; encore sont-ils cependant 43% à envisager cette possibilité. Aux yeux des Français, le fameux plafond de verre qui empêchait jusqu’ici le Rassemblement national d’être majoritaire pourrait donc disparaître. Les données de cette enquête nous disent pourtant le contraire.

En 2012, 62% des personnes interrogées se disaient en désaccord avec les idées du RN ; elles sont aujourd’hui 67%. Certes, la banalisation du RN se poursuit. En 2018 58% estimaient que ce parti représentait un danger pour la démocratie. En 2019, elles étaient encore 55% ; elles ne sont plus aujourd’hui que 51%. Pour autant, dans leur grande majorité, elles ne lui accordent pas une crédibilité gouvernementale. 71% estiment en effet que ce parti a vocation à rassembler les votes d’opposition tandis que seulement 24% pensent qu’il a la capacité de participer à un gouvernement. Ce refus de reconnaître au RN une vocation gouvernementale est massif chez les sympathisants de tous les autres partis : 77% de LREM, 71% des partis de gauche et 67% de LR.

Marine Le Pen, probable candidate du RN à la prochaine élection présidentielle, voit sa cote d’avenir stagner à 20% et seulement 22% pensent qu’elle ferait une bonne présidente de la République. Entre 2013 et 2020 son image de leader s’est même dégradée. 51% contre 69% en 2013 estiment aujourd’hui qu’elle est capable de prendre des décisions, 36% contre 53% qu’elle est capable de rassembler au-delà de son camp et 39% contre 49% qu’elle comprend les problèmes quotidiens des Français. En 2013, 67% n’avaient jamais voté pour le Front national (63%) ou n’avaient plus l’intention de voter pour lui (4%). En 2020 ils sont 72% (respectivement 66% et 6%). Le second tour de l’élection de 2017 a laissé des traces profondes dans l’opinion.

Ce rejet persistant du Rassemblement national trouve sa traduction politique dans les attitudes des sympathisants des autres partis à son égard. À la question : « Quelle doit-être l’attitude de LR face au RN ? », tandis que les sympathisants des partis de gauche et surtout de LREM répondent très majoritairement et sans surprise qu’il ne faut passer aucune alliance avec lui, ceux de LR sont 47% à rejeter toute alliance, 37% à n’accepter que des alliances ponctuelles et seulement 11% à opter pour une alliance globale. Cette très faible proportion de 11% peut surprendre dans la mesure où la question de l’immigration, qui demeure centrale aujourd’hui dans l’opinion, rapproche les sympathisants de LR de ceux du RN et les éloigne de ceux des partis de gauche et de LREM, comme le montre le tableau 1.

Le clivage, qui oppose sur cette question centrale les sympathisants de LR et du FN à ceux des partis de gauche et de LREM, aurait pu permettre la reconstitution d’une sorte de clivage gauche/droite. Or les choix d’alliances des différents groupes de sympathisants concernant les prochaines élections municipales montrent que les proximités existantes sur cette question ne suffisent pas à constituer un tel axe qui réorganiserait le fonctionnement du système politique. C’est ce que montre le tableau 2 qui établit les préférences des sympathisants des quatre groupes concernant les stratégies d’alliances pour ces élections.  

Les sympathisants de LR sont une majorité à souhaiter des alliances ou des fusions de listes au second tour avec LREM tandis qu’ils ne sont qu’une minorité à souhaiter le même type de rapports avec le RN. Symétriquement, les sympathisants de LREM sont une majorité à souhaiter un rapprochement avec LR et une minorité à souhaiter un rapprochement avec les partis de gauche. Quant aux sympathisants des partis de gauche, ils ne sont qu’un gros tiers à souhaiter un rapprochement avec LREM. Ces données montrent l’impossibilité de la reconstitution d’un clivage gauche/droite où LREM serait englobé dans la gauche. Encore faut-il ajouter que la notion de gauche utilisée dans l’enquête, qui regroupe les sympathisants d’organisations politiques diverses et qui entretiennent entre elles des rapports conflictuels dans de nombreux domaines, n’a qu’une très relative consistance politique.

En revanche, les données confirment l’isolement du RN. Une majorité des sympathisants des autres partis souhaitent en effet qu’afin de lui faire barrage les listes qui s’opposent à lui au second tour fusionnent ou se retirent au profit de la liste la mieux placée. Dans ces conditions, les perspectives électorales du RN sont loin d’être aussi positives que l’idée que s’en fait l’opinion. Le plafond de verre n’est pas encore brisé.

[1] Edition 2020 du baromètre d’image du rassemblement national Kantar-onepoint