Nouveaux regards sur l’urbanisation edit

19 January 2026

L’ONU produit régulièrement des révisions de ses données et projections démographiques. Du dernier exercice, réalisé en 2025 à partir d’une nouvelle méthodologie, il ressort une dynamique d’urbanisation encore plus prononcée, ainsi qu’une nouvelle hiérarchie urbaine globale, tandis que la ruralité française reste plus prononcée que la moyenne européenne et devrait le rester jusqu’après 2050.

Fin 2025, la division de la population de l’ONU a publié ses nouvelles observations et projections relatives à l’urbanisation. Les Nations unies fournissent ainsi de nouvelles statistiques et analyses sur les réalités de la population mondiale et de ses habitations. La dernière livraison se caractérise par des innovations méthodologiques permettant d’observer la dynamique d’urbanisation, à l’échelle globale et à l’échelle de chacun des pays, sous des prismes complémentaires.

Alors que du côté des instituts statistiques nationaux la dichotomie entre l’urbain et le rural a longtemps prévalu, d’autres méthodes, centrées sur les niveaux contrastés de densité de population, sont maintenant uniformisées et largement employées. Ces chiffrages permettent de souligner une ruralité française plus prononcée qu’en moyenne européenne. Aujourd’hui, en France, selon l’INSEE, le monde rural couvre les neuf-dixièmes du territoire national et rassemble un habitant sur trois[1].

Les nouvelles délimitations et techniques autorisent, plus globalement, un autre regard sur le monde. Depuis 2008 l’ONU claironne en effet que l’humanité serait devenue majoritairement urbaine, soulignant, avec emphase, cette profonde transformation du paysage mondial de la vie humaine. En 2025, selon ses dernières révisions, à partir de la méthodologie classique reposant sur la compilation des définitions nationales, 58% des Terriens seraient urbains. En 2050, ils devraient être 67%. Pour sa part, la population française serait à 79% urbaine aujourd’hui et passerait, dans un quart de siècle, à 86%.

Or les définitions nationales de l’urbain varient fortement et tendent souvent à sous-estimer, dans les pays en développement la population urbaine et, en miroir, à sous-estimer la population rurale des pays pauvres. Il s’ensuit, avec les nouveaux chiffres, une urbanisation mondiale bien plus prononcée que ce que les anciens chiffres assuraient et un monde rural français plus présent.

Une dynamique mondiale d’urbanisation qui se renforce

La division de la population de l’ONU a donc innové. Pour la première fois, l’édition 2025 des Perspectives de l’urbanisation mondiale intègre une méthodologie géospatiale harmonisée afin de mesurer l’urbanisation, parallèlement aux définitions nationales traditionnelles. Cette Révision présente des estimations et des projections de population fondées sur la méthodologie du degré d’urbanisation[2]. La statistique ONU n’oppose de la sorte plus binairement le rural et l’urbain, mais distingue, par degrés d’urbanisation, les zones rurales, les bourgs et les villes. Ce nouveau cadre fournit des estimations et des projections harmonisées et comparables selon ces trois catégories distinctes, organisées le long d’un continuum, et montre que l’urbanisation (considérée comme la somme des habitants en bourgs et en villes) est plus étendue que ne le suggèrent souvent les statistiques nationales. Cette approche ternaire offre un regard renouvelé sur les dynamiques d’occupation de l’espace. Pour commencer, le passage d’une humanité d’abord rurale à une humanité principalement urbaine ne daterait pas de 2008. Avec cette nouvelle perspective ternaire, elle serait plus ancienne, antérieure à 1950 quand 60% de la population du monde vivait déjà dans des bourgs ou des villes.

Cette livraison 2025 des Révisions ONU procure une tout autre image du monde et de ses habitants. Ainsi, en 2025, 19 % des humains seraient ruraux, 36% vivraient dans des bourgs ou petites villes (regroupements d’au moins 5000 habitants et d’une densité d’au moins 300 habitants par km²) et 45% dans des grandes villes (avec au moins 50 000 habitants et un minimum de 1500 habitants par km²). En 2050, nous compterions 17% de ruraux, 35% d’habitants des bourgs) et 48% de citadins. Si le monde est incontestablement plus urbain, il n’est pas pour autant majoritairement citadin (au sens d’habitants dans de grands centres urbains). Le monde est en tout cas vraiment de plus en plus urbanisé et il l’apparaît davantage encore que sous l’approche antérieure. Ainsi, selon les définitions nationales, 58% de la population mondiale vit en zone urbaine en 2025, contre 81% si l’on additionne villes et bourgs selon la méthode standardisée.

Figure 1. L’évolution de l’urbanisation mondiale (en % de la population sur la planète)

Source : United Nations, World Urbanization Prospects 2025

Lecture : L’approche binaire selon les définitions nationales oppose l’urbain et le rural. L’approche ternaires distingue zones rurales, bourgs et villes. L’urbain est considéré comme la somme des bourgs et des villes.

Si l’on ne prend pas en considération l’approche binaire de l’urbain et du rural, mais la nouvelle optique ternaire, il apparaît que la vie dans les grandes villes était relativement rare en 1950 : seulement 20 % des 2,5 milliards d’habitants de la planète vivaient dans ces centres urbains.

Après plusieurs décennies d’urbanisation, ceux-ci accueillent désormais (en 2025) 45% des 8,2 milliards d’habitants du monde, soit plus du double de la proportion observée en 1950. Et d’ici à 2050, les deux tiers de la croissance démographique mondiale se feront dans les espaces urbains.

La part de la population mondiale vivant dans des bourgs a diminué progressivement, passant de 40% en 1950 à 36% en 2025. Souvent négligés, ces espaces jouent pourtant un rôle clé. Ils restent la forme de peuplement dominante dans plus de 70 pays et assurent la jonction entre villes et campagnes. En Inde et en Chine, ils concentrent à eux seuls plus de 1,2 milliard d’habitants.

Les projections indiquent que les deux tiers de la croissance démographique mondiale d’ici 2050 auront lieu dans les villes, le reste se concentrant principalement dans les bourgs.

Les communautés rurales, moins densément peuplées que les villes et les bourgs, n’abritent aujourd’hui que 19% de la population mondiale, une proportion qui a été divisée par deux depuis 1950.

L’Afrique subsaharienne est la seule région où la population rurale continue de croître fortement.

La population rurale mondiale devrait atteindre un pic dans les années 2040, puis commencer à décliner. À l’approche de son sommet, note l’ONU, la population rurale mondiale fait face à des défis sans précédent. Le vieillissement et l’exode des jeunes vers les villes exercent une pression croissante sur les communautés rurales.

Une ruralité française qui se maintient

En 2025, les zones rurales restent le principal type d’habitat dans 62 pays, mais ce nombre devrait tomber à 44 en 2050. Chose a priori étrange, c’est le cas de la France.

Pour la France métropolitaine, les proportions contemporaines (2025), selon l’approche ONU ternaire, sont de 38% de ruraux, 28% d’habitants de petites villes et 34% de citadins. En 2050, l’Hexagone accueillerait encore 36% de ruraux, 29% d’habitants de petites villes et 35% de citadins. Toujours plus de ruraux que de citadins ! Sur une carte d’Europe, la France détonne, avec cette dimension rurale très prononcée.

Celle-ci se retrouve, souvent atténuée, en Autriche, en Croatie, en Finlande, en Irlande, au Danemark ou en Norvège. Mais partout ailleurs sur le continent européen il en va autrement, singulièrement dans les pays économiquement et démographiquement comparables au pays des 36 000 communes.

À hauteur mondiale la situation française paraîtra plus singulière encore en 2050. Tout le continent américain sera alors principalement fait de grandes villes. Il en ira de même en Asie. L’Afrique et l’Europe seront plus contrastées avec des pays toujours majoritairement ruraux et d’autres toujours majoritairement faits de bourgs. Dans ce contexte, les particularités de la répartition des habitants, en France, seront très nettes à l’échelle du monde, un rien diluées dans le contexte européen. Il y a, en quelque sorte, un modèle français d’habitat et de mode de vie qui, avec quelques autres nations européennes, distingue le pays du reste des évolutions mondiales.

Un nouveau classement des mégapoles mondiales

Autre sujet traité dans les bases de données onusiennes, la taille des plus grandes villes mondiales. Le nombre de « mégapoles », ces villes de 10 millions d’habitants ou plus, continue d’augmenter. Symbole spectaculaire de cette urbanisation ce nombre a même quadruplé, en un demi-siècle, passant de 8 en 1975 à 33 en 2025, dont 19 en Asie. Les projections indiquent qu’il y en aura 37 dans le monde en 2050, avec l’entrée d’Addis-Abeba (Éthiopie), Dar es Salaam (Tanzanie), Hajipur (Inde) et Kuala Lumpur (Malaisie) dans cette catégorie.

Tableau 1. Les 30 plus grandes mégapoles en 1975, 2025 et 2050, avec leur nombre d’habitants (en milliers)

Source : United Nations, World Urbanization Prospects 2025

Paris, avec environ 10 millions d’habitants (pour l’ONU, Paris c’est, en gros, le grand Paris), était la 23e agglomération mondiale en 2000. Elle arrive au 36e rang en 2025 et devrait figurer au 44e en 2050.

Tokyo, première agglomération mondiale, en termes de population en 2000 (avec 30 millions d’habitants), est détrônée en 2025 par Jakarta qui rassemble maintenant 42 millions de résidents) et par Dhaka (37 millions). À l’horizon 2050, la capitale du Bangladesh, en forte croissance, devrait prendre la première place (avec 52 millions d’habitants), devant Jakarta (52 millions), Shangaï (35 millions), New Delhi (34 millions), Le Caire (32 millions) seule ville du top 10 à se situer hors d’Asie. À cette échéance, Tokyo figurerait au 7e rang. Karachi (Pakistan) pourrait intégrer le top 10 dès 2030 et atteindre la cinquième place en 2050. Dans un quart de siècle, les deux premières villes occidentales dans ce classement seraient Los Angeles (26e) et New York (28e).

Mais le monde urbain ne se résume pas du tout aux mégapoles. La majorité des urbains vivent dans des villes petites et moyennes, souvent parmi les plus dynamiques, notamment en Afrique et en Asie. Sur environ 12 000 villes, petites ou grandes, 96% comptent moins d’un million d’habitants et 81% moins de 250 000.

La croissance de la population urbaine mondiale d’ici 2050 sera nettement concentrée dans sept pays : Inde, Nigéria, Pakistan, République démocratique du Congo, Égypte, Bangladesh et Éthiopie. À eux seuls, ils devraient accueillir plus de 500 millions de nouveaux citadins entre 2025 et 2050, soit plus de la moitié de l’augmentation mondiale projetée.

La manière dont ces pays géreront l’expansion de leurs villes pèsera lourd sur les équilibres économiques, sociaux et climatiques mondiaux. La réussite ou l’échec de l’urbanisation dans ces pays clés influencera fortement les trajectoires du développement mondial.

En un mot, ces travaux onusiens confirment, entre autres choses importantes, de nouveaux classements démographiques, une désoccidentalisation du monde urbain, dont le maintien d’une certaine France rurale est un des visages.

[1]. Sur les méthodes et vues INSEE relatives aux territoires ruraux, à partir de méthodes européennes harmonisées, voir https://www.insee.fr/fr/statistiques/5039991?sommaire=5040030. Sur la méthode européenne des degrés d’urbanisation, voir https://op.europa.eu/publication-detail/-/publication/484c6825-8540-11eb-af5d-01aa75ed71a1

[2]. L’ensemble de données comprend les estimations les plus récentes des populations urbaines et rurales pour 237 pays ou territoires de 1950 à 2025, ainsi que des projections jusqu’en 2050. Il fournit également des estimations de la population de toutes les villes de 50 000 habitants ou plus à l’horizon 2025.