Parti socialiste: une faillite politique edit
Certains, dont je suis, estiment que les « fusions techniques » opérées avec la France insoumise par le Parti socialiste entre les deux tours des élections municipales signent la faillite morale de ce parti. Ceux des socialistes qui n’ont pas accepté le « pacte faustien » avec le parti de Jean-Luc Mélenchon ont sauvé l’honneur. Cette faillite morale n’est pourtant que l’aboutissement logique d’une autre faillite, politique, celle de l’action menée par la direction du parti depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017.
Cette direction, emmenée par Olivier Faure, n’a jamais voulu prendre la mesure du choc de 2017 où les candidats socialistes ont obtenu à l’élection présidentielle 6,4%, puis, cinq ans plus tard 1,6%. Ce fut le moment où la bipolarisation gauche/droite a cédé la place à un système multi-partisan et où LFI a remplacé le Parti communiste comme le principal parti d’extrême-gauche. Les socialistes sont demeurés fixés sur l’Union de la gauche sans s’interroger sur l’objectif pourtant clair de Jean-Luc Mélenchon, la marginalisation de leur parti. Cette fixation les a empêchés d’appréhender la signification du phénomène Macron et notamment le fait que l’électorat présidentiel de François Hollande de 2012 avait voté pour moitié en faveur d’Emmanuel Macron en 2017. La direction du parti a renoncé à réfléchir à ce qui l’éloignait de LFI et à ce qui le rapprochait du centre. Cet aveuglement l’a amené à se convaincre que le centre n’était qu’une droite déguisée et que la droite elle-même différait peu de l’extrême-droite. D’où l’expression, encore utilisée pendant cette campagne des municipales, de « droite extrémisée », quand Bruno Retailleau lui-même se prononçait contre les deux extrêmes. Olivier Faure avait critiqué la décision du ministère de l’Intérieur de classer LFI dans l’extrême-gauche. Il a déclaré que Catherine Trautmann, membre du PS et ancienne maire de Strasbourg, s’était mise elle-même en dehors du PS en s’alliant avec le centre droit au second tour du scrutin municipal.
Après s’être mis, avec la formation du Nouveau Front Populaire (2024), dans les mains de Jean-Luc Mélenchon et en adoptant l’essentiel de son programme, le PS a bien été obligé, les injures de celui-ci à son égard se multipliant, de constater que l’alliance avec LFI n’était plus possible, et de se prononcer contre un accord national avec ce parti pour les élections municipales, mais, sans aucune stratégie alternative à celle de l’union de la gauche. Le PS s’est alors trouvé fort démuni entre les deux tours des élections municipales, laissant les candidats socialistes livrés à eux-mêmes en opérant une distinction artificielle entre accord national et accords locaux. Les candidats, dont l’imaginaire politique demeure, chez la plupart d’entre eux, structuré par le clivage gauche/droite et estimant que sans un accord avec LFI ils risquaient fort d’être battus, ont le plus souvent choisi l’accord avec ce parti, accord que la direction du Parti socialiste avait condamné au niveau national ! Preuve supplémentaire de l’épaisseur du brouillard qui enveloppe la pensée de cette direction, Olivier Faure a encore répété hier soir que l’idée des deux gauches irréconciliables était une impasse !
Privé de stratégie et de leader, le PS aborde l’année qui vient dans un état d’extrême faiblesse au niveau national. Il ne dispose pas d’un candidat à l’élection présidentielle et la primaire de la « petite gauche » paraît impossible à organiser. Le seul candidat envisageable pour l’instant est Raphaël Glucksmann, qui n’est pas membre du parti. Mal positionné pour cette élection, le PS n’a pas non plus de stratégie législative : quelles alliances privilégier s’il veut compter dans la future assemblée qui suivra probablement la prochaine élection présidentielle si le mode de scrutin proportionnel n’est pas adopté ? Est-il ou non prêt à reconstruire sa vision du champs politique en se positionnant clairement contre les deux extrêmes ? A-t-il encore une ambition de parti de gouvernement ? Peut-il demeurer attaché au vieux mot d’ordre de front antifasciste alors que les Français semblent considérer qu’un front anti-LFI est plus légitime ?
Le PS est en réalité dans une impasse et les belles victoires remportées à ces élections municipales ne changent pas fondamentalement pour lui la donne politique. L’absence de tout travail politique de ce parti depuis 2017 risque de se payer cher dans la période à venir. Privé d’un chef et d’une stratégie, se laissant porter par le courant, il risque de se briser sur les écueils qu’il ne manquera pas de trouver sur sa route.
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