Les socialistes après Hollande edit

Dec. 2, 2016

Avec la renonciation du président socialiste sortant à se représenter à l’élection présidentielle se clôt l’histoire du parti d’Epinay créé en 1971 par François Mitterrand. François Hollande a été pris en étau par les deux courants historiquement antagonistes du Parti socialiste, le socialisme d’opposition et le socialisme de gouvernement. Le premier l’a empêché, au cours des trois dernières années de son quinquennat, de mener la politique qu’il estimait souhaitable pour la France, allant jusqu’à vouloir l’obliger à concourir à une primaire qui devait être le décor d’un procès public de son action. Les autres, Manuel Valls et surtout Emmanuel Macron, lui reprochant, en sens inverse, de ne pas avoir poussé assez loin son action réformatrice, estimant qu’il n’était plus désormais en position d’incarner et de défendre avec quelque chance de succès leur conception du socialisme réformiste. François Hollande a tiré la juste conclusion de la situation qui était la sienne : il ne disposait plus d’un espace politique suffisant pour se lancer dans une nouvelle candidature. Cette décision, raisonnable, confirme, d’une manière presque tragique, que l’ambiguïté originelle du Parti d’Epinay, qui avait permis à François Mitterrand de réunir les socialistes dans la double perspective de gouverner et de rompre avec le capitalisme, a fini par le détruire. Le renoncement de l’homme de la synthèse apporte la dernière preuve que les partisans du socialisme de gouvernement et ceux du socialisme d’opposition ne peuvent plus coexister aujourd’hui sous un même toit. François Hollande, en abandonnant à lui-même un parti qui l’avait déjà abandonné, laisse ainsi s’accomplir l’affrontement final entre ces deux courants du socialisme français.

De l’ampleur des oppositions idéologiques et politiques au sein du Parti socialiste découle un désaccord stratégique fondamental qui ne peut se résoudre au sein de ce parti tel qu’il est aujourd’hui. Arnaud Montebourg et Emmanuel Macron, l’un et l’autre, chacun à sa manière, estiment que le Parti socialiste a cessé d’être l’outil politique dont ils ont besoin. Le premier estime qu’il « faut tendre la main à Jean-Luc Mélenchon » pour reconstruire une gauche capable de réactiver le clivage gauche/droite au profit du PS. Certains frondeurs rêvent toujours, après l’aventure espagnole de Podemos, pourtant peu concluante pour l’instant, de recréer un grand parti de gauche anti-libéral. Emmanuel Macron estime au contraire que le clivage gauche/droite est obsolète et qu’il lui faut réunir les « progressistes » contre les « conservateurs » des deux bords. C’est donc en passant le PS par pertes et profits qu’il espère construire un nouvel espace politique, et demain, peut-être, une nouvelle organisation politique dont « En Marche » est aujourd’hui l’ébauche. Quant à Manuel Valls, il partageait, il n’y a pas si longtemps, l’idée de la refondation nécessaire d’un parti réformiste qui abandonnerait le nom de socialiste. Personne ne croit donc plus à la survie, tel qu’il est, du Parti socialiste.

Contrairement à ce qui s’est passé depuis l’instauration de la primaire socialiste en 1995, d’abord fermée puis ensuite ouverte, et quel que soit le résultat de la primaire de janvier, celle-ci ne sera pas décisive dans la mesure où le PS a perdu sa position dominante à gauche. Que le candidat socialiste soit Valls ou Montebourg ou encore un autre, il devra affronter à l’élection présidentielle, sur sa gauche et sur sa droite, des candidats qui obtiendront probablement des scores plus élevés que les siens. Le PS après ces élections ne pourra donc pas être l’organisation autour de laquelle une recomposition politique et partisane, quelle qu’elle soit, pourra être réalisée. Si Montebourg l’emporte à la primaire, il est probable qu’une partie des défenseurs socialistes du bilan gouvernemental sera tentée de se rapprocher de Macron, d’autant que le score du premier risque d’être particulièrement faible à l’élection présidentielle. Si Valls l’emporte, il est probable que les frondeurs feront défection, d’une manière ou d’une autre. En outre, et surtout, Manuel Valls et Emmanuel Macron, les deux têtes du réformisme de gauche, devront alors s’affronter dans un duel contre-nature qui rendra difficile la recomposition politique pourtant logique entre la droite du PS et ce que représente le leader de « En Marche ». Mais dans tous les cas, le PS ne sera plus au centre du jeu.

Ce qui a permis au parti d’Epinay de survivre à ses profondes contradictions depuis l’origine est à la fois la domination qu’il a exercée sur la gauche dès 1978 et sa victoire de 1981 qui  lui a permis de devenir pour longtemps un parti de gouvernement. Son affaiblissement actuel et la perspective d’une lourde défaite à la prochaine élection présidentielle aiguisent les oppositions internes entre des groupes et des personnalités qui n’ont plus de projet commun et qui n’espèrent plus bénéficier dans un avenir prévisible de l’occupation du pouvoir. L’avenir du Parti socialiste dépend aujourd’hui moins de lui-même que des scores de ses deux concurrents, sur sa gauche, Mélenchon, et, sur sa droite, Macron. François Hollande était pris en étau au sein du Parti socialiste entre sa gauche et sa droite ; ce parti se trouve aujourd’hui dans la même position, pris entre ses deux grands concurrents.

L’avenir du PS est donc aujourd’hui des plus incertains. François Hollande, en refermant le cycle ouvert à Epinay il y a près d’un demi-siècle par François Mitterrand, abandonne le Parti socialiste à ses contradictions. Des contradictions que nulle synthèse ne pourra plus désormais résoudre, ni seulement cacher !