Les élections du 7 mai 2026 en Grande-Bretagne edit
Ces élections concernaient les Parlements d’Écosse et du Pays de Galles ainsi que 5034 sièges dans les conseils locaux en Angleterre. Elles étaient particulièrement attendues par les observateurs dans cette période de profonde transformation du paysage politique en Grande Bretagne, marquée par la percée dans les sondages du Reform Party (droite radicale anti-immigration) de Nigel Farage et des Verts alors que les Travaillistes au pouvoir subissent de plein fouet l’impopularité du Premier ministre Keir Starmer. Les résultats ont confirmé la percée du Reform Party et des Verts, la déconfiture des Travaillistes, le fort recul des Conservateurs et la bonne tenue des Libéraux démocrates.
Lors des élections du 4 juillet 2024 à la Chambre des Communes, marquées par plus de 40% d’abstention, les Travaillistes l’avaient nettement emporté sur les Conservateurs sortants avec 412 sièges sur 650. Cependant, ils n’avaient obtenu que 33,8% des suffrages, et leur victoire tenait en grande partie à la division entre les Conservateurs (23,7%, 121 sièges) et le Reform Party (14,3%, 5 sièges). Depuis 2025, les Verts ont pris, sous la direction de Zack Polanski, une orientation de gauche radicale anticapitaliste, très axée sur l’hostilité à Israël.
Les élections au Parlement écossais
En Écosse, le scrutin était organisé avec un système mixte à l’allemande : une première voix pour un scrutin uninominal dans 73 circonscriptions, une seconde voix pour un scrutin de liste avec 56 sièges permettant une compensation proportionnelle.
Tableau 1. Écosse (2021-2026)

Les résultats sont en pourcentage des suffrages exprimés. Le nombre de sièges est entre parenthèses.
Les indépendantistes de gauche du SNP, au pouvoir depuis 2007, ont nettement reculé (Tableau 1) perdant 9,5 points dans les circonscriptions et 12,9 points dans le vote de listes. Leur recul a profité aux Verts, aux Libéraux démocrates et aux Travaillistes, qui ont ainsi limité leur recul. Comme en 2021, les Verts ont présenté très peu de candidats dans les 73 circonscriptions, ce qui a profité prioritairement au SNP dans le scrutin uninominal. Les Conservateurs ont subi un très fort recul, perdant plus de la moitié de leurs sièges (12 contre 31 en 2021) et ne sont plus que cinquièmes derrière les Verts. Leur recul a profité essentiellement au Reform Party qui a progressé d’environ 16 points et s’est hissé en seconde position avec 17 sièges, devançant même les Travaillistes au vote de listes. Le SNP a payé sa mauvaise gestion depuis 2021 avec la succession de trois premiers ministres.
Les élections au Parlement gallois
Au Pays de Galles, le mode de scrutin a changé depuis 2021, passant d’un scrutin mixte comme en Écosse, avec 40 sièges de circonscription et 20 de listes, à un système de proportionnelle de listes dans 16 circonscriptions de 6 sièges chacune. Le nombre total de sièges est passé de 60 à 96. Les Travaillistes, qui dirigeaient le Parlement gallois depuis sa création en 1999, se sont effondrés de 36,2% à 11,1%.
Tableau 2. Pays de Galles (2021-2026)

Les résultats sont en pourcentage des suffrages exprimés. Le nombre de sièges est entre parenthèses.
Cet effondrement a bénéficié aux indépendantistes de gauche du Plaid Cymru qui ont gagné l’élection, passant de 20,7% en 2021 à 35,4%, ainsi qu’au Reform qui a percé à la seconde place avec 29,3% (1,1% en 2021) tandis que les Conservateurs reculaient nettement perdant 14,4 points sur 2021. Contrairement à l’élection en Écosse, les Libéraux démocrates ont stagné et les Verts ont peu progressé car il existait localement une offre de gauche attractive (le PC) pour les électeurs travaillistes déçus qui ne voulaient pas voter Reform.
Les élections locales anglaises
Les élections locales en Angleterre concernaient principalement 5034 sièges dans les conseils locaux sur plus de 18600. Organisées au scrutin majoritaire, ces élections concernaient le renouvellement total ou partiel par moitié ou par tiers (suivant les règles locales) de 136 conseils locaux (sur 368), dont les 32 conseils londoniens (1817 sièges tous renouvelables), et 32 conseils métropolitains (1419 sièges en jeu) comprenant Birmingham et Manchester.
Le précédent renouvellement de ces sièges avait très majoritairement eu lieu le 5 mai 2022. Ce renouvellement était particulièrement important pour les Travaillistes car il concernait beaucoup de sièges métropolitains. Les Travaillistes, les Conservateurs, et le Reform ont présenté des candidatures pour la quasi-totalité des sièges, les Verts dans 89% et les Libéraux dans 78%. Les résultats généraux en termes de sièges (Tableau III) montrent un effondrement des Travaillistes qui ont perdu plus de la moitié de leurs sièges, une percée du Reform qui arrive en tête, un net recul des Conservateurs et une percée des Verts. Les Verts ont pris des voix et des sièges aux Travaillistes. Le Reform a pris des voix et des sièges aux Conservateurs ainsi qu’aux Travaillistes. Les Conservateurs ont encore reculé alors qu’ils avaient déjà perdu plus de 300 sièges en 2022 quand ils étaient au pouvoir. Les Libéraux démocrates ont également profité des forts reculs des Travaillistes et des Conservateurs.
Tableau 3. Elections locales en Angleterre (136 conseils et 5034 sièges)

Les résultats sont en nombre de sièges. Source BBC.
Le Reform Party, dont les résultats ont été très liés à ceux du vote en faveur du Brexit lors du référendum de 2016, a débordé les Travaillistes dans les milieux populaires du Nord-Est et des Midlands, ainsi que les Conservateurs dans les régions rurales. Cependant, il est resté faible dans les métropoles, particulièrement dans les milieux favorisés ainsi que dans les milieux populaires issus de l’immigration. Les Verts ont progressé aux dépens des Travaillistes dans les milieux urbains de classes moyennes diplômées et les milieux populaires issus de l’immigration. Les Libéraux démocrates et les Conservateurs se sont disputé les milieux favorisés. Cinq élections directes de maires ont eu lieu le 7 mai dont quatre dans des municipalités du Grand Londres. Dans la métropole de Londres, les Travaillistes ont perdu deux de leurs trois mairies au profit des Verts (Hackney et Lewisham) ne conservant que Newham, alors que Croydon est restée aux Conservateurs et Tower Hamlets à Aspire, une scission locale des Travaillistes. La municipalité rurale de Watford est restée aux Libéraux démocrates.
Les bureaux de vote avaient à peine fermé que Keir Starmer a réaffirmé qu’il refusait de démissionner. Il ne pourra empêcher que la question soit posée par une partie des députés, mais l’ampleur des divisions au sein du parti Travailliste sur la ligne politique souhaitable et le leader de rechange est telle que sa démission pourrait entrainer un éclatement entre ceux qui veulent une politique plus à gauche et ceux qui ne veulent à aucun prix du retour de la gauche du parti à la direction. Les Conservateurs, qui ont réussi jusqu’ici à limiter les passages d’élus vers le Reform, vont sans doute maintenir leur ligne majoritaire de refus de rapprochement avec Reform en espérant qu’il se dégonfle dans les sondages d’ici 2029. Leur leader, Kemi Badenock, s’est exclamée « Les Conservateurs sont de retour ». Sans doute à Westminster qu’ils ont repris aux Travaillistes, mais pas dans le comté rural du Suffolk où ils ont perdu 40 de leurs 49 sièges (sur 70, tous en jeu) alors que le Reform Party en a gagné 41. Les Verts vont certainement persister dans leur stratégie d’occupation de l’espace de gauche radicale qui leur a permis une percée sans précédent pour eux à ce type d’élection. Les Libéraux démocrates devraient perdurer sur leur ligne libérale et pro européenne en espérant profiter en 2029 du morcellement du paysage politique. Les médias vont certainement scruter avec grande attention les premiers pas des nouveaux élus Verts et Reform.
Avec ses partis traditionnels de gauche et de droite en crise, les percées de la droite radicale et de la gauche radicale, l’impopularité record de Keir Starmer, en bonne compagnie sur ce point avec Emmanuel Macron en France et Friedrich Merz en Allemagne, le paysage politique britannique s’européanise. Pas sûr que cela console ceux qui étaient contre le Brexit.
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