La rupture entre Trump et Meloni edit

28 April 2026

On sait que Donald Trump exige une adhésion inconditionnelle et inébranlable à ses politiques, sous peine de critiques incendiaires. Son obsession pour Pedro Sánchez et ses critiques à l’égard de Keir Starmer, Emmanuel Macron ou Friedrich Merz étaient connues, mais la surprise est venue de sa rupture avec Giorgia Meloni, malgré leurs affinités idéologiques. Trump ne respecte que des autocrates comme Xi Jinping et Vladimir Poutine : il s’identifie à leur style prétend mieux s’entendre avec eux qu’avec ses alliés européens. Et il ne craint que Benjamin Netanyahu, qui l’a embarqué dans la guerre insensée contre l’Iran. Trump est allé jusqu’à affirmer que l’OTAN n’est aujourd’hui qu’un « tigre de papier » (Mao Zedong aurait été d’accord), bien qu’elle soit dirigée par un Mark Rutte multipliant les courbettes à l’égard du président américain.

Dans l’interview de Viviana Mazza publiée dans le Corriere della Sera du 14 avril, au cours d’une conversation téléphonique de six minutes, Trump s’en prend de front à Meloni, jusqu’alors une alliée solide et fiable. Il déclare se sentir « déçu » ; il a cessé de la considérer comme courageuse, car il pensait qu’elle allait l’aider dans la guerre contre l’Iran, elle lui semble « ingrate » et n’est plus la « remarquable » dirigeante conservatrice qu’il avait connue. La Première ministre italienne Meloni a tenté d’être l’interlocutrice privilégiée de Trump en Europe, et elle partageait pour l’essentiel l’idéologie de l’ultraconservatisme de la droite radicale occidentale, mais il s’avère désormais qu’elle lui semble « inacceptable ». Il a utilisé cette expression parce que Meloni a jugé inacceptables les propos de Trump contre le pape Léon XIV (J. D. Vance s’est joint à cette critique, allant même jusqu’à donner des leçons de théologie à la plus haute autorité pontificale).

Attaquer le pape a probablement été l’une des plus grandes erreurs de Trump. D’une part, parce qu’aux États-Unis, la majorité des catholiques n’a pas compris le président et, d’autre part, parce qu’en Italie, il est impensable de ne pas serrer les rangs derrière le souverain pontife dans une affaire pareille, d’où le fait que Meloni l’a immédiatement défendu.

Les arguments de Trump pour critiquer Meloni sont de deux types : le premier, ridicule tant il est invraisemblable, est que l’Italie n’aurait pas réalisé que si l’Iran disposait de la bombe atomique, le pays ne tiendrait pas deux minutes ; la second concerne le pétrole, Trump annonçant que les Italiens se retrouveront privés de cette ressource pour avoir refusé de coopérer. Toutes ces déclarations sont, comme souvent, contradictoires : Trump a annoncé l’année dernière que les installations nucléaires iraniennes avaient été totalement détruites, tout en affirmant que, si l’OTAN ne sert à rien, on ne comprend pas pourquoi il lui demande de l’aide, pour ajouter ensuite qu’il n’en a pas besoin non plus. Tout cela s’inscrit dans le discours trumpiste contre l’Union européenne qui, de son point de vue, aurait des politiques migratoires néfastes (malgré le durcissement général, sauf en Espagne, des politiques d’accueil et de régularisation !) et des politiques énergétiques désastreuses (en raison du soi-disant « fondamentalisme vert » de l’UE).

Trump annonce de nouvelles relations avec l’Italie et avec Meloni, en se montrant beaucoup plus distant. Pour le gouvernement italien, la question s’est avérée quelque peu délicate, car il a dû concilier le soutien évident et sans réserve à Meloni avec le maintien de l’alliance avec les États-Unis : Ignazio La Russa ou Antonio Tajani ont précisé qu’être des alliés fidèles ne signifie pas accepter sans broncher n’importe quelle décision d’un gouvernement ami et que, dans ce cas précis, ils ne pouvaient pas se rallier à Trump. L’opposition a manifesté sa solidarité avec Meloni et avec le pape, car la priorité est de défendre la souveraineté nationale de l’Italie, tout en rappelant que la Constitution italienne rejette la guerre. Elly Schlein (Partito Democratico), Angelo Bonelli (Alleanza Verdi Sinistra), Matteo Renzi (Italia Viva), Carlo Calenda (Azione) et Giuseppe Conte (Movimento 5 Stelle) ont tous, avec de légères nuances, rejeté les attaques de Trump contre Meloni et le Pape. À la suite des déclarations de Trump, Meloni a décidé de ne pas renouveler le mémorandum de défense avec Israël qui était automatiquement prolongé tous les cinq ans, un signe supplémentaire de la prise de distance générale de l’Italie vis-à-vis des politiques de Netanyahu.

La question est donc de savoir pourquoi Meloni a changé de cap. Un élément d’explication réside dans la défaite de Viktor Orbán en Hongrie. Meloni a parfaitement compris la portée des élections hongroises, le revers le plus grave pour la droite dure en Eurppe, et un signe que leur ascension apparemment imparable partout n’est pas du tout acquise. Meloni a constaté que se rapprocher trop de Trump est désormais de plus en plus contre-productif et que, de surcroît, sa vocation impériale hégémoniste se heurte aux souverainetés nationales d’États européens comme l’Italie. En cela Meloni, dont le groupe au Parlement européen (Conservateurs et Réformistes européens) est celui qui fait le plus d’efforts pour tenter de se « normaliser », s’avère une fois de plus être la dirigeante la plus intelligente de la droite radicale.

En définitive, Meloni a gagné en crédibilité en Italie — ce qui lui était profitable après avoir perdu le référendum sur la réforme judiciaire — en défendant la souveraineté nationale, en réaffirmant une vision atlantiste paritaire et en choisissant de s’aligner sur l’Union européenne, dans le sens où la guerre de Trump n’est pas notre guerre.

La version espagnole de cet article est publiée par notre partenaire Agenda Publica.