Faut-il une nouvelle monnaie internationale ? edit

March 28, 2009

La Banque centrale de Chine vient d’appeler de ses voeux la création d'une nouvelle monnaie de réserve internationale. Un tel changement aiderait-il à résoudre la crise ?

Si tous les pays du monde sont affectés par les aléas de la conjoncture américaine, l’impact est particulièrement marqué pour les pays qui, comme la Chine, limitent les fluctuations de leur taux de change par rapport au dollar. Stabiliser le taux de change implique en effet que la Banque Centrale calque sa politique sur celle de la Réserve Fédérale, et n’est alors plus à même de réagir aux conditions particulières de la conjoncture domestique. Une complication supplémentaire pour la Chine est qu’une dépréciation du dollar entraînerait une perte substantielle sur ses réserves de change, lesquelles se montent à près de 2000 milliards de dollars. Cela dit, ces réserves ont été accumulées par la Chine au cours des années dans le cadre d’une politique visant largement à soutenir la compétitivité des exportations chinoises. Cette politique a été librement choisie par Beijing, et les pressions de Washington allaient plutôt dans le sens contraire, à savoir un régime de change plus flexible qui aurait limité l’accumulation de réserves.

Au-delà du cas chinois, une monnaie mondiale est-elle souhaitable ? Une telle monnaie impliquerait un mouvement durable vers un régime de changes fixes, au même titre que la création de l’euro a mis fin aux fluctuations entres les anciennes monnaies européennes. Si des économistes vont dans ce sens, il convient de rappeler que les taux de change flexibles, s’ils ont souvent mauvaise presse du fait de leur volatilité, remplissent un rôle important. En particulier, ils permettent à différents pays d’avoir des politiques monétaires différentes. Rappelons à cet égard les tensions au sein du système de change européen lors de la réunification allemande. L’Allemagne avait alors une politique fiscale expansionniste et une politique monétaire restrictive. Les autres pays européens durent adopter la même politique monétaire, sous peine de voir leur monnaie se déprécier, sans la compenser par une politique fiscale expansionniste. Cet état de fait conduisit directement à la crise du système en 1992. Si une telle crise de change n’est plus possible dans la zone euro, l’impossibilité d’ajuster les taux de change implique que certains pays peuvent être en situation de surchauffe alors que d’autres sont dans une phase plus moyenne du cycle conjoncturel. Quand bien même ces tensions peuvent être gérées dans la zone euro qui recouvre des pays aux niveaux de développement similaires, il en irait tout autrement dans le cadre d’un système monétaire regroupant des pays aux situations aussi différentes que les Etats Unis et la Chine.

Certes la création d’une monnaie de réserve n’implique pas forcément qu’elle soit adoptée en remplacement des monnaies nationales de part le monde. Une telle monnaie existe toutefois déjà sous forme des Droits de tirage spéciaux (DTS) du FMI qui consiste en un panier des principales monnaies mondiales. Pourquoi dès lors ne pas utiliser ces DTS comme monnaie de réserve ? Une raison est que s’il existe un marché très liquide de titres libellés en dollar, notamment les bons du trésor américain, une telle option n’existe pas pour les DTS. Notons cependant que comme les DTS sont un panier de devises, leur valeur reflète la valeur des devises sous jacentes. Détenir des DTS s’apparente dès lors à détenir un panier de dollar, d’euros, de yens, et d’autres devises. Une banque centrale pourrait parfaitement établir un tel portefeuille en détenant directement les devises en question sans passer par les DTS.

Pourquoi alors ne pas détenir directement ce panier ? Une raison peut être un manque de confiance dans la volonté des banques centrales contrôlant l’offre de dollar, euro, yen et autres de maintenir le pouvoir d’achat de leur monnaie en gardant l’inflation sous contrôle. La question est dès lors de savoir si la Fed et les autres banques centrales voudront, ou pourront, éviter une hausse durable de l’inflation. Rien ne permet de penser que la Réserve fédérale a modifié son objectif d’inflation de long terme. Certes, on peut craindre que la création massive de liquidité à laquelle elle se livre ne l’empêche d’atteindre cet objectif dans le futur. Il n’y a cependant pas de raison technique qui empêcherait la Fed de faire rapidement machine arrière.

Admettons quand même que nous doutions de la volonté des banques centrales à maintenir l’inflation sous contrôle. Ne pourrait-on donc pas créer une nouvelle banque centrale qui garantirait la valeur de la nouvelle monnaie de référence, et permettrait l’émergence d’un large marché de titres dans cette monnaie ? Si cela semble facile à première vue, c’est toutefois loin d’être le cas. Quel serait le mandat de cette banque centrale ? Si les banques centrales nationales visent dans l’ensemble à stabiliser les prix à la consommation dans leurs pays respectifs, qui sont relativement aisés à mesurer, quel serait l’équivalent au niveau mondial ? Faudrait-il viser le prix d’un panier mondial de biens de consommation, beaucoup plus délicat à définir et mesurer que le prix d’un panier dans un pays donné? Quels seraient les statuts qui permettraient à cette nouvelle banque centrale d’être encore plus à l’abri d’éventuelles pressions politiques que ne le sont les banques existantes ? La banque centrale devrait-elle viser à une croissance régulière de l’offre de la nouvelle monnaie, ou devrait-elle réagir à la conjoncture mondiale ? Il faudra également déterminer à qui elle devra rendre des comptes. L’indépendance opérationnelle des banques centrales ne les libère en effet pas d’un devoir de communication aux autorités politiques de leurs pays.

Si une nouvelle monnaie mondiale n’apporterait que peu de gains, est-ce à dire que tout va bien dans le nouveau système financier mondial ? Certainement pas. Plusieurs aspects ont en effet un grand besoin de réforme. Il s’agit notamment de construire une structure de régulation et de supervision des banques actives au niveau global. Cette structure n’implique pas forcément de créer une nouvelle organisation multilatérale, et une coopération suivie entre des régulateurs régionaux pourrait suffire, ayant en outre l’avantage d’être politiquement plus réalisable. Il y a certainement à ce niveau un grand vide, et ce problème doit être adressé en priorité. Par contraste, la coexistence de différentes monnaies gérées par des banques centrales partageant des objectifs similaires de stabilité des prix ne présente pas de problème majeur. Une piste plus prometteuse pour un pays comme la Chine serait de réorienter son économie pour ne plus autant dépendre des exportations, ce qui permettrait à la Banque centrale de Chine de concentrer sa politique monétaire sur la situation conjoncturelle domestique.