Sénatoriales: au-delà du nombre de sièges, que disent les résultats? edit

2 October 2026

Le renouvellement partiel du Sénat a été marqué par une nette progression de l’alliance RN-UDR qui va pouvoir former un groupe, par un recul limité de la gauche où LFI obtient deux élus, et par un effritement de l’ensemble de la droite et du centre qui reste cependant très largement majoritaire.

Ce renouvellement concernait 178 sièges sur les 348 de la Haute assemblée : tous ceux des départements de 01 (Ain) à 36 (Indre), de 67 (Haut-Rhin) à 90 (Territoire de Belfort) hors Ile de France, en outre-mer ceux de la Guyane, de Saint-Martin, de Saint-Barthélemy, de Wallis et Futuna, et de la Polynésie française, ainsi qu’une partie des sièges des Français de l’étranger (6 sièges sur 12). Les sénateurs étant élus par 93 469 grands électeurs provenant pour l’essentiel des conseils municipaux, les résultats de ce renouvellement ont été fortement liés à ceux des municipales de mars 2026 dans ces départements, comme les résultats du précédent renouvellement de ces sièges, en septembre 2020, l’avaient été à ceux des municipales de 2020.

Les résultats en voix en France métropolitaine

Les résultats montrent un recul de la gauche dans les trois quarts des départements (conséquence de sa défaite aux municipales de mars 2026[1]), une forte poussée de l’alliance RN-UDR, ainsi qu’une tendance au recul de l’ensemble du « socle commun » (LR et centristes). Parmi les 58 départements métropolitains concernés par ce renouvellement, 29 votent au scrutin proportionnel et 29 au scrutin majoritaire à deux tours.

Les départements au scrutin proportionnel

Dans les 29 départements votant à la proportionnelle, la gauche recule dans 22 et progresse dans 7, une évolution qui reflète celle des municipales de 2026 par rapport aux municipales de 2020.

L’alliance RN-UDR connaît pour sa part une progression spectaculaire. Alors qu’en 2020 le RN ne dépassait les 5% des suffrages exprimés que dans 6 départements et les 10% dans 4, en 2026 l’alliance RN-UDR dépasse les 5% dans 27 des 28 départements où elle était présente (elle soutenait une liste divers droite dans l’Ain), les 10% dans 13 et les 20% dans 4 (Alpes-Maritimes, Gard, Var, Vaucluse). Elle culmine à 40,2% dans les Alpes-Maritimes, où Éric Ciotti a conquis la mairie de Nice en 2026. Dans les Bouches du Rhône la liste RN-UDR peut sembler faire un score en-deçà de ses performances municipales (18,8%), mais elle était concurrencée par celle du sénateur sortant dissident RN Stéphane Ravier (7,1 %).

La progression RN-UDR dans le Midi s’effectue prioritairement aux dépens de LR. L’ensemble LR et centristes recule dans 19 départements et ne progresse que dans 9. Son recul s’effectue prioritairement au profit de l’alliance RN-UDR alors qu’il progresse aux dépens de la gauche. On doit cependant noter le fort recul de la liste d’union LR-UDI-MoDem menée en Vendée par Bruno Retailleau, Président de LR, sénateur sortant et candidat déclaré à la Présidence de la République : 62,5% contre 70,8% en 2020. Ce recul n’est qu’en partie lié à la perte de la mairie de La Roche-sur-Yon au profit de la gauche aux dernières municipales.

Reconquête n’obtient que de très faibles résultats, même dans l’Ain (4,4%) où elle bénéficiait de l’absence du RN. LFI, qui présentait partout des listes alors qu’elle était très peu présente en 2020 (3 listes sur 29 départements), n’obtient que de faibles résultats, à moins de 5% dans 27 départements, ne les dépassant que dans la Haute Garonne (13,8% avec les Verts) et le Rhône (10,1%).

Les départements au scrutin majoritaire

Dans ces départements très ruraux, à 1 ou 2 sièges, les résultats sont fortement liés aux personnalités des candidats et à l’impact des sénateurs sortants. Dans ces 29 départements, la gauche est en recul dans 20 et en progression dans 8 (et absente en 2026 comme en 2020 en Corse du Sud). L’alliance RN-UDR, comme le RN en 2020, ne présentait souvent qu’un seul candidat, même quand 2 sièges étaient en jeu. Alors que le RN n’atteignait les 5% que dans 3 départements en 2020, l’alliance RN-UDR les dépasse dans 25 départements dont 15 où elle atteint les 10%, et 3 les 20% avec 30,3% dans l’Aude. Là aussi l’ensemble LR et centriste est souvent en recul face à la poussée RN-UDR mais progresse parfois aux dépens de la gauche. LFI, qui ne présentait elle aussi qu’un candidat dans les départements à 2 sièges, a été beaucoup plus présente en 2026 qu’en 2020 où elle n'avait présenté qu‘une seule candidature dans l’Ariège). Elle dépasse les 5% dans 11 départements mais n’atteint nulle part les 10%, bénéficiant du panachage avec d’autres candidats de gauche. Ce phénomène explique pourquoi son niveau est en moyenne supérieur à celui dans les départements à la proportionnelle où elle ne peut compter que sur ses propres électeurs. Dans l’Ariège cependant, LFI est en recul avec 5,9% contre 6,8% en 2020.

Les résultats en sièges en France métropolitaine

Les départements au scrutin proportionnel

Les départements concernés par la proportionnelle, la moitié de la série (29 sur 58), comptent pour 113 des 165 sièges métropolitains, soit plus des deux tiers. La gauche recule de 32 à 28 sièges, mais ce recul est entièrement concentré chez les divers gauche qui perdent leurs 4 sièges en jeu (Bouches du Rhône, Hérault (2), Rhône) et chez les écologistes, qui ne conservent que 3 de leurs 6 sièges. Pour les écologistes, leurs défaites aux municipales à Bordeaux et Strasbourg, ainsi qu’à la métropole de Lyon, se traduisent respectivement par la perte d’un siège en Gironde, dans le Bas Rhin, et dans le Rhône. En revanche, les communistes maintiennent leurs 3 sièges, LFI gagne 2 sièges (dans la Haute-Garonne et le Rhône), et les socialistes passent de 19 à 20 sièges (+1), compensant les pertes dans la Drôme et le Vaucluse par des gains dans le Doubs, l’Hérault et la Côte d’Or. Dans ce dernier département, ils récupèrent le siège de François Patriat, ex socialiste et président du Groupe RDPI (Renaissance), grâce à la candidature de l’ancien ministre et ancien maire de Dijon François Rebsamen, président de Dijon métropole.

Grâce à sa forte progression en voix, l’alliance RN-UDR, qui n’avait aucun sortant, gagne 12 sièges : 1 dans l’Ain, 2 dans les Alpes-Maritimes, 2 dans les Bouches du Rhône, 1 dans le Gard, 1 dans la Gironde, 1 dans l’Hérault, 1 dans la Seine-Maritime, 2 dans le Var et 1 dans le Vaucluse alors que l’ex-RN sortant des Bouches du Rhône est battu.

Les forces de droite et du centre, qui détenaient la grande majorité des sièges remis en jeu (80 sur 113), n’en retrouvent que 73 (-7). Ce recul sensible s’effectue principalement au profit de l’alliance RN-UDR et est particulièrement concentré dans les départements du midi (deux sièges perdus dans les Alpes Maritimes, autant dans le Var), alors que ses progressions en sièges correspondent à des reculs de la gauche dans la Drôme, le Bas-Rhin et le Rhône.

Les départements au scrutin majoritaire

Les 29 départements au scrutin majoritaire n’ont que 52 des 165 sièges métropolitains. On y compte 6 départements à un seul siège et 23 à deux. Sur ces 52 sièges la gauche n’en détenait que 12 contre 39 pour la droite et le centre et 1 pour les régionalistes corses. Elle n’en conserve que 11. Le PS perd 3 de ses 10 sièges, celui de l’Ariège vers le sortant PS dissident, un dans les Charente vers les divers gauche et dans la Creuse vers la droite. Les divers gauches passent de 1 à 3 (avec l’Ariège), et les communistes gardent leur siège en Dordogne. La droite et le centre restent très dominants, passant de 39 à 40, les régionalistes corses conservant leur siège de Haute Corse. Ce bon résultat en sièges de l’ensemble de la droite et du centre est lié à la fois au fait que l’alliance RN-UDR n’était pas assez forte pour conquérir des sièges au scrutin majoritaire et à l’implantation de ses nombreux sortants. On doit noter que LFI, comme l’alliance RN-UDR, s’est maintenue presque partout au second tour, faisant battre le sortant socialiste dans la Creuse.

Les résultats dans les départements et territoires d’outre-mer et les Français de l’étranger

7 sièges étaient renouvelables au scrutin majoritaire dans les DOM-TOM et 6 à la proportionnelle pour les Français de l’étranger. Les résultats marquent une grande stabilité. Sur les 13 sièges, le centre conserve ses 7 sièges, LR ses 3 sièges ainsi que la gauche (PS 1, Ecologistes 1, DVG 1).

Conséquences politiques

Au total, la droite et le centre maintiennent leur domination, avec 113 des 178 sièges, reculant cependant de 6 sièges sur 2020. La gauche, avec 39 sièges en perd 5. Ce recul sensible affecte surtout les écologistes qui perdent 3 de leurs 6 sièges, les socialistes reculent de 2 sièges, passant de 29 à 27, les divers gauche passent de 5 à 3 sièges (-2), les communistes conservant leur 4 sièges et LFI, qui n’en avait pas, en gagnant 2. L’alliance RN-UDR est le grand bénéficiaire de ces élections, gagnant 12 sièges. Les régionalistes corses ont conservé leur siège et un dissident RN a perdu le sien.

La formation d’un groupe au Sénat par les 15 élus RN et UDR (3 élus en 2023 et 11 nouveaux en 2026 rejoints par la sortante divers droite réélue soutenue par le RN dans l’Ain), pour la première fois dans toute l’histoire du Sénat, est la principale conséquence politique de ces élections. L’arrivée de deux élus LFI, dont Gabriel Amard (Rhône), gendre de Jean-Luc Mélenchon, est également un fait nouveau. Ces deux phénomènes, prolongeant les municipales de 2026, marquent l’influence, comme toujours atténuée, des dynamiques électorales nationales dans la composition du Sénat. La majorité sénatoriale sortante LR-Union centriste recule mais demeure en place avec environ 180 sièges sur 348 et le Président Gérard Larcher a été facilement réélu jeudi 1er octobre avec 203 voix contre 63 pour le socialiste Patrick Kanner, 22 pour la communiste Cécile Cukierman et 17 pour l’écologiste Mélanie Vogel.

[1] Cf. Pierre Martin, « Les élections municipales des 15 et 22 mars 2026 », Commentaire, été 2026, n°194.