Le dernier scrutin de Donald Trump edit
À la veille du scrutin des midterms, tous les observateurs s’interrogeaient sur la fiabilité des sondages. Ceux-ci annonçaient une sévère défaite du parti rouge, le parti républicain face au parti bleu démocrate mais ils avaient eu tendance dans le passé à sous-estimer le vote républicain. En fait, l'ampleur de la déroute des Républicains dépasse toutes les prévisions. Toutefois, cette victoire majeure de l’opposition à Donald Trump ne doit pas faire illusion. Les deux années qui viennent vont être chargées de beaucoup d’incertitudes. La cohabitation du président avec un Congrès très hostile sera malaisée et aura un profond impact sur la politique intérieure et internationale des États-Unis. Par ailleurs, la préparation des présidentielles de 2028 qui s’amorce dès maintenant sera l’épreuve de vérité pour un parti démocrate profondément divisé et qui souffre d’une mauvaise image dans l’opinion.
Les chiffres sont évidemment impressionnants. À la Chambre, les Démocrates bénéficieront d’une confortable majorité de plus de 20 sièges. Au Sénat qui semblait hors d’atteinte, et dont le renouvellement ne portait que sur un tiers des élus, soit 35 sénateurs sur cent, les Démocrates gagnent 7 sièges et passent donc de 47 à 54 ce qui leur donne notamment un contrôle absolu sur les nominations de Trump aux postes-clés de l’administration. De nombreux candidats démocrates ont été élus dans des Etats comme le Kansas, l’Iowa ou les deux Caroline où Trump l’avait emporté en 2024 avec plus de dix points de marge.
La sanction d’une gestion désastreuse
Ce résultat s’explique par la combinaison de plusieurs facteurs qui sont le reflet d’une gestion désastreuse de Trump au cours des deux premières années de son mandat. Il s’agit d’abord de la hausse des prix, une inflation persistante résultant à la fois de l’impact des tarifs douaniers sur les importations et de la guerre avec l’Iran qui a fait flamber le prix du pétrole ce qui a mis en difficulté des dizaines de millions de foyers totalement dépendants de l’automobile. Plus globalement, le caractère désordonné et incohérent des propos et des décisions du président a indisposé une grande majorité des électeurs qui a eu le sentiment d’être trahie par un homme qui avait multiplié les promesses fallacieuses et les mensonges. À la veille du scrutin, la cote de popularité de Trump était tombée à 37%, le niveau le plus bas pour un président depuis un demi-siècle.
Ce qui est plus surprenant c’est le profond malaise de l’opinion face à l’enrichissement sans freins de la famille Trump et de ses proches. Aux États-Unis la tolérance à l’égard des riches est beaucoup plus marquée qu’en Europe car la plupart des Américains croient souvent à tort que dans leur pays chacun a sa chance de faire fortune. Néanmoins, l’équipe au pouvoir est allée trop loin dans l’étalage de ses biens et de ses profits. A la veille du scrutin 91% des Démocrates et 83% des Républicains s’inquiétaient du niveau de corruption de la classe politique, étant entendu que ce rejet visait surtout l’entourage de Trump.
Celui-ci a encore aggravé la situation électorale de son parti en soutenant des candidats qui ne pouvaient qu’indisposer les électeurs. L’exemple le plus spectaculaire est celui du Texas. Le sénateur sortant John Cornyn était un républicain modéré et très populaire. Il avait eu malheureusement l’audace de critiquer Trump. Le président mobilisa donc ses partisans MAGA pour le faire battre dans une primaire par Ken Paxton, un élu compromis dans de nombreuses affaires judiciaires et souffrant d’une réputation déplorable. Lors du scrutin, Paxton fut aisément défait par James Talarico, un jeune et charismatique démocrate qui est désormais considéré comme un des espoirs de son parti. Il en a été de même en Caroline du Sud. Après le décès du sénateur Phil Graham qui était considéré comme imbattable, Trump soutint dans la primaire sa sœur Darline Graham qui n’avait aucune expérience politique et aucune notoriété. Elle a été aisément battue par une démocrate, privant les Républicains d’un siège qui semblait acquis dans cet État rouge vif.
Le désaveu des jeunes et des Hispaniques
Ces errements ont entraîné d’importants mouvements au sein de l’électorat qui expliquent l’ampleur de la vague bleue. Dans un sondage d’après scrutin, le New York Times souligne que ce mouvement a particulièrement joué chez les jeunes et les Hispaniques. 70% des 18-29 ans ont voté démocrate. il en a été de même pour 69% des Hispaniques qui ont été particulièrement irrités par la violence des actions de l’ICE, l’administration en charge de la lutte contre l’immigration illégale. Cela explique dans une large mesure la victoire de Gina Hinojosa qui a été élue gouverneure du Texas, où un tiers de la population est d’origine hispanique, empêchant le très conservateur Greg Abbott de faire un quatrième mandat. La seule catégorie de la population qui est restée fidèle aux Républicains est celle des blancs sans diplômes. Seuls 40% d’entre eux ont voté démocrate.
Il sera important d’observer comment les deux partis tirent les leçons de cet événement historique. Chez les Républicains, la lutte pour la succession de Trump s’engage dès maintenant. JD Vance a pris position dès le lendemain du scrutin en publiant sur X un long message qui est une critique à peine voilée de la politique de son président et surtout de sa décision d’entrer en guerre contre l’Iran.
Un défi pour les Démocrates
Pour les Démocrates, l’enjeu est double : comment gérer deux ans de cohabitation avec un président qui voudra continuer à exister en multipliant les déclarations et les décrets court-circuitant le Congrès et aussi comment préparer les présidentielles de 2028.
Dans un échange avec David Ignatius du Washington Post, Rahm Emanuel, ancien conseiller d’Obama et ancien maire de Chicago, souligne que les Démocrates commettraient une erreur fatale en engageant une procédure d’impeachment de Trump, procédure très longue et n’ayant aucune chance d’aboutir. Il préconise plutôt de tenir compte des raisons de la colère des électeurs et de multiplier les enquêtes sur la corruption de l’entourage du président, les délits d’initié, les dysfonctionnements de l’ICE et les dérives du ministère de la Justice. Plusieurs ministres seraient aussi mis en cause, notamment Pete Hegseth, le ministre de la Défense qui a désorganisé le Pentagone et Robert Kennedy Jr, ministre de la Santé et adversaire farouche des vaccinations.
Pour les présidentielles, le parti démocrate va devoir améliorer son image qui est très médiocre. 28% des électeurs ont une bonne opinion de ce parti contre 31% pour les Républicains ce qui confirme les analystes qui affirment que la victoire d’aujourd’hui est un rejet de Trump et pas un plébiscite des Démocrates. Les bleus vont donc devoir consolider leurs positions dans le centre et le sud du pays afin d’éviter d’être selon l’expression d’Emanuel le parti des deux côtes. Il leur faudra aussi surmonter leurs divisions. La campagne de 2026 était facilitée par la priorité donnée à la condamnation du président. Pour 2028, il faudra trouver un programme de compromis entre une majorité d’élus centristes qui ont triomphé dans les circonscriptions disputées aux Républicains et une minorité de gauche ancrée dans les circonscriptions les plus bleues comme New York.
Il n’en demeure pas moins que le scrutin des midterms a démontré la capacité de réaction de la démocratie américaine et le refus d’une grande majorité des électeurs d’un régime autoritaire reposant sur les décisions et les caprices d’un seul homme.
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