Un présidentiable pour diriger le PS ? edit

Sept. 29, 2008

La préparation du prochain congrès de Reims du Parti socialiste (14-16 novembre) est entrée dans une phase nouvelle avec le dépôt des motions d’orientation. Peut-on y voir un peu plus clair à présent sur le profil du prochain leader et plus largement sur la manière, jusqu’ici fort confuse, dont les socialistes abordent la question centrale du leadership? Un peu, mais pas beaucoup, serait-on tenté de répondre, tant la question présidentielle continue d’embrouiller leurs positions à l’extrême.

En défendant l’idée selon laquelle le prochain Premier secrétaire ne devrait pas être un « présidentiable », une partie des dirigeants socialistes a fait de cette question l’un des enjeux du congrès, obligeant les principales personnalités du parti à prendre position. Rien pourtant dans les nouveaux statuts du parti n’établit une incompatibilité formelle entre la direction du parti et une candidature à la désignation comme candidat à l’élection présidentielle et de toutes manières la question ne se posera en pratique qu’en 2011.

En outre, le « concept » de « présidentiable » n’est pas des plus clairs. La « présidentialité » d’un candidat à la direction du parti est une qualité qui ne résulte ni de ses déclarations publiques, ni d’un quelconque processus de présélection au sein du parti. Elle est conférée par des instances extérieures au parti, en l’occurrence les instituts de sondage, qui choisissent de mesurer les attitudes et les intentions de vote des électeurs en faveur de certaines personnalités politiques dans la perspective d’une élection présidentielle.

La mesure de la « présidentialité » est en fait une mesure plus générale du leadership. La thèse du « refus des présidentiables » est donc stupéfiante d’un double point de vue. Comment d’abord ne pas s’étonner qu’un parti aussi suspicieux à l’égard de l’intrusion des sondages d’opinion dans son fonctionnement interne les érige en critère décisif – en l’occurrence négatif – pour la sélection de son leader ? Comment ensuite comprendre la logique politique d’une thèse qui exige du prochain Premier secrétaire qu’il ne bénéficie pas aux yeux de l’opinion publique d’une image… de leader, dans un régime caractérisé de plus en plus fortement par la personnalisation du pouvoir et par le caractère central de l’élection présidentielle, même si la prochaine élection n’aura lieu que dans trois ans et demi ?

L’examen du nombre et de l’identité des premiers signataires des six motions déposées ainsi que des textes de ces motions montre que la confusion sur cette question demeure importante et les différentes positions très éloignées les unes des autres.

Le Parti socialiste dispose aujourd’hui de trois « présidentiables », si l’on accepte le type de mesure sus-indiqué : Bertrand Delanoë, Ségolène Royal et, dans une moindre mesure, Martine Aubry. Les partisans de la « déprésidentialisation » du leadership ont marqué plusieurs points. En particulier, Gérard Collomb, le maire socialiste de Lyon, qui avait signé auparavant une contribution avec d’autres grands élus en faveur de cette thèse, a pu obliger Ségolène Royal, qui il est vrai risquait d’être très minoritaire si elle n’acceptait pas de s’allier avec lui à ses conditions, à renoncer pour l’instant à revendiquer clairement le poste de Premier secrétaire. Il est ainsi lui-même le premier signataire de la motion dont l’ancienne candidate socialiste à l’élection présidentielle est la dix-septième. Martine Aubry est la première signataire de la motion qu’elle présente avec Laurent Fabius. Mais, prise dans le grand mouvement de « dépersonnalisation » de la vie politique socialiste, et incertaine, elle aussi, quant au résultat de sa motion, elle n’a pas voulu pour l’instant déclarer officiellement sa candidature au poste de Premier secrétaire. Bertrand Delanoë est le seul des « présidentiables » qui à la fois présente une motion, en est le premier signataire et est officiellement candidat au poste de Premier secrétaire.

La lecture des motions donne des indications supplémentaires sur les attitudes des socialistes à l’égard du leadership. La motion de Gérard Collomb condamne la « guerre des chefs », « les joutes d’égo » et « le tourniquet des ambitions ». Pour la motion de gauche dont le premier signataire est Benoît Hamon, « il est temps d’en finir avec la personnalisation des enjeux au PS. On ne peut dénoncer à la fois la nature présidentialiste du régime à la tribune de l’Assemblée et importer au sein de notre organisation tous les principes de fonctionnement de la Cinquième République ». Et pour les signataires de la motion Aubry, « l’heure n’est pas aujourd’hui de s’interroger sur celui ou celle qui mènera la bataille de la prochaine élection présidentielle. L’heure est venue de s’interroger sur ce que nous sommes et sur ce que nous voulons proposer aux Français. Laissons le ‘je’ au vestiaire et soyons prêts à rentrer sur le terrain des idées avec le ‘nous’ ! »

Dans le sens contraire, plusieurs éléments sont à noter. La motion de Bertrand Delanoë, qui est pour l’instant, parmi les personnalités socialistes engagées dans la bataille du congrès, la mieux placée dans les sondages d’opinion, est la seule qui revendique clairement la nécessité pour le parti de se donner dès maintenant un véritable leader : « nous avons besoin d’un Premier secrétaire fort, légitime qui soit aussi le leader de l’opposition, le premier et le meilleur opposant à Nicolas Sarkozy. Il ne peut donc pas être un point d’équilibre, le produit d’obscurs arrangements internes ». Certes, le texte dit ensuite, par prudence, que ce leadership « n’a rien à voir avec la question du futur candidat à l’élection présidentielle », ce qui confirme à quel point cette question est taboue dans le parti.

Dans le même sens, le ralliement à Bertrand Delanoë de Pierre Moscovici, qui avait axé sa « précampagne » au poste de Premier secrétaire du parti autour de l’idée selon laquelle celui-ci ne devrait pas être un « présidentiable », a affaibli le camp des « anti-présidentialistes ».

Enfin, il faut constater que les trois motions qui paraissent devoir arriver en tête du vote des adhérents comprennent chacune parmi leurs signataires un ou une présidentiable. Si l’une de ces trois motions était en position de l’emporter sans faire de compromis importants avec les autres, c’est probablement « son » « présidentiable » qui se présenterait au vote des adhérents pour la désignation au poste de Premier secrétaire. Il n’est donc pas certain que la ligne « anti-présidentialiste » l’emporte.

Elle le pourrait cependant si aucune des trois grandes motions n’était en mesure de l’emporter clairement. Un Premier secrétaire « non présidentiable » pourrait alors être désigné pour diriger une nouvelle majorité. Dans ce cas, ou bien il ferait preuve de réelles qualités de dirigeant, ce qui ne manquerait pas de faire de lui, à terme, un nouveau… « présidentiable », ou bien, dans le cas contraire, les socialistes auraient réalisé l’exploit remarquable de se priver volontairement d’un leader ! Il leur resterait alors à se reposer la question de leur rapport ambigu et contradictoire à la Cinquième République et, plus particulièrement, à l’élection présidentielle et à réévaluer les dangers importants que ce rapport fait courir à leur parti comme parti… présidentiel !