Economie : limites de vitesse, pare-chocs et ceintures de sécurité edit

Jan. 21, 2013

Les commentateurs qui, aujourd'hui, observent le monde au lendemain de la crise financière, nous prédisent un avenir de démondialisation. Ce qui est plus probable, tout comme les automobiles se sont adaptées aux risques d'accidents, c'est que la mondialisation va se poursuivre, mais avec l'équivalent économique des limites de vitesse, des pare-chocs et des ceintures de sécurité. Dans ce monde, les niveaux de vie ne pourront progresser que si tous les pays exploitent à fond leur potentiel, tout en s'intégrant dans l'économie mondiale de façon ordonnée.

Pour la prochaine génération et celle qui suivra, c’est dans les pays émergents et en développement que réside le plus grand potentiel inexploité de croissance économique mondiale. Nous nous sommes habitués à réfléchir au défi du développement, mais nous devons maintenant nous préoccuper du défi de la convergence. L'une des grandes priorités sera d'aider les pays émergents et en développement à suivre des trajectoires de croissance qui leur permettront de faire converger de façon soutenue leurs niveaux de vie vers ceux des pays riches. Cela suppose une modernisation des structures et des institutions économiques ainsi que l'existence d'institutions politiques propices à cette évolution, qui sont autant d'éléments essentiels pour favoriser la croissance et l'emploi.

Il ne sera pas facile de conjuguer mondialisation et convergence, car cela suppose la poursuite de la reconfiguration des schémas de production et de demande qui, pendant la dernière génération, ont certes permis de rehausser les niveaux de vie dans les pays émergents, mais ont aussi entraîné des perturbations dans les économies avancées. Cela suppose aussi de s'adapter aux nouvelles technologies et à leur dispersion dans le monde entier. En outre, il est probable que la coordination de l'action des pouvoirs publics, que ce soit la réglementation des marchés financiers ou la maîtrise des externalités, telles que les émissions de carbone et la pollution, va devenir plus complexe.

Pourtant, c'est bel et bien cet avenir que nous devons anticiper et auquel nous devons commencer à nous préparer. À cet égard, il y a trois impératifs qui, à mon avis, méritent une plus grande attention et des actions plus résolues :

• Encourager et d'aider les pays à moderniser les structures et les institutions économiques qui sont indispensables pour favoriser la croissance et l'emploi.

• Mettre la technologie au service de la croissance pour que les pays restent compétitifs et créent des emplois au lieu d'en détruire.

• S'attaquer aux problèmes entraînés par le changement climatique. Alors que la planète continue de se réchauffer, l'inaction face aux émissions de gaz nuisibles engendrera des coûts et des situations pénibles qui seront probablement irréversibles.

• Les décideurs doivent moderniser et revitaliser leurs économies en entreprenant des réformes structurelles fondamentales. Naturellement, chaque pays est différent. Mais certains défis nous concernent tous, que nous vivions dans un pays avancé ou dans un pays en développement.

Nous savons que la marge de manœuvre et la volonté des pouvoirs publics et de la société de s'attaquer à ces problèmes varient énormément d'un pays à l'autre. Le défi est particulièrement redoutable au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, où les pays doivent entreprendre des réformes difficiles pour rehausser la croissance à moyen terme tout en stabilisant l'économie à court terme.

Il est nécessaire en particulier de réformer les marchés du travail pour qu'ils répondent mieux aux besoins des entreprises et en même temps à ceux des travailleurs. Des mesures s'imposent aussi pour renforcer la concurrence sur les marchés de produits et de services, notamment en Europe, mais pas seulement. Dans la zone euro, la mise en œuvre de toutes les mesures nécessaires pour mettre en place une union budgétaire et bancaire devrait aussi être prioritaire.

Dans l'immédiat, les décideurs doivent trouver un juste équilibre entre la satisfaction des attentes élevées des peuples et l’exécution de décisions difficiles pour maîtriser les finances publiques et remettre d’aplomb les systèmes financiers.

Le changement technologique a une influence profonde sur la manière dont les gens contribuent à la croissance économique d'un pays.On ne peut que s'émerveiller devant la diffusion de l'informatique mobile et devant tout ce que l'on peut désormais faire loin de son bureau. Mais la technologie influence aussi les modèles économiques, à la fois en multipliant les possibilités et en guidant les décisions en matière d'économies et d'investissement. Face à l'omniprésence de l'informatique et à ce qu’elle signifie pour l’économie et pour notre vie, les pays doivent trouver un juste équilibre en investissant dans la technologie pour rester compétitifs, mais aussi en veillant à en maîtriser les conséquences pour les salaires et l'emploi.

Selon les experts, le changement climatique et le réchauffement planétaire posent des risques réels pour la bonne marche de l’économie, en particulier dans certains des pays qui sont le moins à même d'y faire face, en accroissant notamment le nombre et la fréquence des catastrophes météorologiques.

Ces événements ont souvent un coût humain et économique énorme. L'ouragan Sandy nous a rappelé les dommages qui peuvent en résulter, en provoquant des dégâts chiffrés à près de 70 milliards de dollars rien que pour New York et l'état du New Jersey. Si les ouragans de cette puissance devaient se répéter fréquemment, même un pays comme les États-Unis paieraient un lourd tribut économique et budgétaire à Dame Nature, ce qui aggraverait une situation budgétaire déjà sombre.

Parmi les mesures importantes qui peuvent être prises pour lutter contre les effets du changement climatique, citons la suppression des subventions aux combustibles fossiles dans tous les pays et la mise en œuvre d'un système solide et crédible de fixation des prix du carbone pour encourager les économies d’énergie et généraliser l'utilisation de combustibles propres à l'échelle planétaire (et au passage apporter une contribution bien nécessaire à l'assainissement des finances publiques). Les technologies nouvelles peuvent aussi jouer un rôle à cet égard. Les progrès dans ce domaine sont beaucoup trop lents. 

Nous pouvons nous assurer un avenir rayonnant si chacun — gouvernements, société civile et secteur privé — se met au travail dès maintenant. Il est possible que ces problèmes de long terme engendrent un surcroît d'instabilité à l'avenir et compliquent les tâches déjà difficiles que nous avons à mener à bien, mais ce n'est pas inéluctable. Ensemble nous pouvons tirer davantage de notre potentiel économique, notamment grâce aux nouvelles technologies, et nous pouvons nous concerter pour parvenir à une croissance soutenue et équilibrée.

Ce début d'année est un moment propice pour envisager l’avenir avec optimisme.

 

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Une première version de ce texte a été publiée le 2 janvier par le blog du FMI.