• 14 mars 2006

    Pourquoi tant d’intermittents ?

    Aujourd’hui, les activités artistiques sont dotées d’un puissant pouvoir d’attraction, et ne semblent plus réservées aux ambitions de jeunes de banlieue. Une partie des enfants de la moyenne ou grande bourgeoisie aspire à y développer une activité. Les engorgements du système de l’intermittence reflètent à la fois les contradictions culturelles du capitalisme, entre logique productiviste et individualisme hédoniste, et la situation dans la société française faite aux jeunes adultes pour qui, quitte à être « précaire », autant l’être dans un métier créatif.

  • 13 mars 2006

    Milosevic : fin de parcours

    Le procès de Slobodan Milosevic, le premier chef d’Etat à être jugé par un tribunal pénal international pour crimes de guerre et génocide, n’ira donc pas à son terme. Tandis qu’à Belgrade certains lancent l’accusation absurde d’assassinat, l’autopsie devra déterminer s’il s’agit d’une mort naturelle ou d’un suicide. Cette dernière hypothèse n’est pas à écarter quand on connaît les précédents familiaux : son père, prêtre orthodoxe défroqué, s’est suicidé en public d’une balle dans la tête et sa mère, institutrice, s'est donné la mort quelques années plus tard. Il y a une semaine, l’ancien leader des nationalistes serbes de Croatie, Milan Babic, condamné par le TPIY mais disposé à témoigner contre Milosevic, s’était déjà suicidé dans sa cellule à La Haye…

  • 10 mars 2006

    Allemagne: six bonnes raisons de croire à l’arrivée du printemps

    Allemagne: six bonnes raisons de croire à l’arrivée du printemps

    L'Allemagne est désormais sur la bonne voie. Les réformes de l'administration Schröeder ont marqué une rupture dans la politique économique et celle dans la politique de l’emploi. Les clés de cette ambitieuse politique de l’emploi se trouvent dans la nature préventive des programmes, leur évaluation permanente, une attention nouvelle portée au placement des chômeurs, des contacts plus étroits avec les entreprises, un système d’incitations plus efficace et l’arrêt des programmes qui ne marchaient pas. Non moins décisive fut la décision de conditionner indemnités de chômage et prestations sociales à l’exigence de reprendre un emploi quand l’occasion s’en présente. Ce processus a été accompagné par des baisses d’impôts substantielles, une nouvelle loi sur l’immigration, un allongement des heures d'ouverture des magasins, une réglementation plus libérale de l’artisanat et le retour de la notation négative des élites académiques.

  • 8 mars 2006

    Et si l'on s'attaquait enfin aux inégalités entre hommes et femmes ?

    Chaque année, rituellement, le 8 mars est l'occasion de faire le point sur les inégalités entre hommes et femmes et de faire semblant de s’étonner de leur ampleur, voire de s’en indigner. On referme ensuite soigneusement le dossier pendant les 364 autres jours. Ce faisant, personne n’attaque de front la question centrale de l’emploi des femmes, de sa différence – de degré et de nature – avec celui des hommes, de la perte que constitue l’absence d’emploi, le sous-emploi et les emplois inadéquats à leurs compétences, pour les femmes elles-mêmes, mais aussi pour la société. Développer l’emploi des femmes, en quantité et en qualité, est absolument nécessaire. Cela implique une révolution de notre organisation sociale et de nos modes de travail.

  • 7 mars 2006

    OPA : le protectionnisme franchira-t-il la barrière des espèces ?

    Il y a des raisons objectives aux réactions que soulève la vague d’OPA transfrontalières en Europe. D’abord, ce n’est que récemment que l’union monétaire a commencé à produire ses effets sur la réallocation du capital. Ensuite, la rhétorique du patriotisme économique étonne moins lorsqu’on sait que la France est plus ouverte aux investissements directs étrangers (IDE) que ses voisins, y compris la Grande-Bretagne. Enfin la frustration des italiens se comprend lorsqu’on sait que l’Italie est en queue de peloton pour les investissements hors de ses frontières. Au demeurant, l’affaire Suez n’a pas que des aspects négatifs. Sans l’initiative d’ENEL, Gaz de France serait restée majoritairement aux mains de l’Etat et EDF aurait pu continuer à regarder la concurrence sur le marché intérieur avec condescendance. Néanmoins, nous craignons que les politiques ne jouent dangereusement avec le feu. Giulio Tremonti, le ministre des finances italien, a été jusqu'à évoquer 1914, ce qui comportait un peu d’emphase électorale mais n’était pas faux sur le fond. Plutôt qu'à 1914, nous pensons à 1930 et au Smoot-Hawley Tariff Act de triste mémoire. Examinons tout cela.

  • 6 mars 2006

    Classer les universités est fort utile

    Le classement 2004 mondial des universités par une équipe de chercheurs de la Shanghai Jiao Tong University a donné lieu à de très nombreuses critiques : si l'on y retrouvait dans le haut les leaders incontestés comme Harvard, Stanford ou le MIT, d'autres, comme les universités françaises, y brillaient par leurs mauvais rangs. Je souhaite cependant défendre ici l'idée que les classements d'universités, à condition d'être correctement réalisés, pourraient être extrêmement utiles à la fois aux étudiants, aux employeurs et aux pouvoirs publics.

  • 6 mars 2006

    Réformer le code du travail, mais pas sans concertation

    En France, on ne sait pas réformer. Du moins on ne sait plus. Les gouvernants ont beaucoup de mal à imaginer les processus de décision qui permettent de faire évoluer une société. Dans une grande entreprise, lorsque l’on veut opérer une transformation, un virage, un changement, on construit un « projet ». L’Etat ne connaît pas ces règles du jeu. Les objectifs ne sont pas avoués (pour ne pas effaroucher sa propre majorité) ; le ministère du Budget ne consent pas à dégager les crédits nécessaires ; le comité de pilotage n’existe pas ou il n’est qu’un faux semblant : ce sont les cabinets qui, quand ils en ont le temps, font les arbitrages.

  • 5 mars 2006

    Qui doit payer pour les intermittents ?

    Au cours des vingt dernières années, les effectifs d’intermittents ont quadruplé, le volume de travail rémunéré qui leur était alloué était multiplié par 2, la masse salariale par 3, et les dépenses d’assurance-chômage par 9. Paradoxe fantastique : alors que ce secteur a connu une croissance continue (en financements, en revenus distribués, en volume de travail alloué), il s’est adossé de plus en plus fortement au chômage au point que le chômage a progressé plus vite que l’emploi. Situation totalement absurde au regard du fonctionnement habituel du marché du travail. Qui est responsable ? Chacun et personne : c’est le propre d’un système d’emploi désintégré que de diluer totalement les responsabilités.

  • 3 mars 2006

    Angela : 100 jours à Berlin

    De manière générale, un verre est soit à moitié vide soit à moitié plein. En Allemagne, les gens ont pris habitude de le voir à moitié vide, et les perspectives économiques ne font pas exception à cette règle. Depuis quelques mois, pourtant, les choses semblent aller mieux : la Bourse, qui reste un bon indicateur de la santé économique, est florissante ; l'index DAX a pris 30 % en un an. Les investissements vont bon train, et les hedge funds étrangers regardent l'Allemagne avec de plus en plus intérêt. Selon une enquête de l’Institut Ifo, le moral des dirigeants n’a jamais été aussi haut depuis la Réunification, il y a quinze ans. La production industrielle à l’Est est en hausse de 30 % depuis 2000 (pour seulement 4 % à l'Ouest). Même les analystes allemands parlent d'un « effet Merkel ». Le bon vieux temps serait-il de retour ?

  • 3 mars 2006

    Sale temps pour la nouvelle Europe

    Les nouveaux membres de l’UE ont vocation à adopter l’euro dès que possible. La définition du mot « possible » est claire : comme les pays de la vieille Europe, ils doivent satisfaire aux critères de convergence de Maastricht. Or la Commission a récemment publié son évaluation de la situation. Un seul pays, la Slovénie, peut envisager d’adopter l’euro en 2007, la date la plus rapprochée prévue. Recalées l’Estonie et la Lituanie qui ont adopté l’euro de facto depuis plusieurs années. Recalés tous les autres pays qui, pourtant, souhaitaient devenir des membres à part entière de l’Union.

  • 2 mars 2006

    Y aura-t-il des Mittal chinois ?

    Avec la tentative d’OPA de Mittal sur Arcelor, les projecteurs sont braqués aujourd’hui sur les firmes indiennes. Mais qu’en est-il des chinoises ? Doit-on s’attendre à voir dans les années à venir des firmes d’origine chinoise émerger sur le modèle de Mittal ? En quoi celles qui se lancent aujourd’hui dans un processus d’internationalisation sont-elles différentes des firmes indiennes ? La nature multinationale de Mittal, firme apatride dirigée par un patron indien, résidant au Royaume-Uni et ayant bâti son empire à l’étranger, est assez éloignée du mode de développement des grands groupes chinois. Plusieurs raisons expliquent cette différence.

  • 1 mars 2006

    Face à Microsoft, la Commission parviendra-t-elle à s’imposer ?

    Le 23 février dernier, une nouvelle plainte était déposée par IBM, Sun Microsystems et autres Oracle contre Microsoft pour pratiques abusives en Europe. L’âpreté du conflit entre les parties prenantes, l’appui intéressé que prêtent de grandes entreprises à l’autorité européenne, le caractère apparemment insoluble des problèmes soulevés, font de cette affaire l’un des cas emblématique du pouvoir de régulation de l’exécutif européen. Face à Microsoft, Bruxelles parviendra-t-elle à s’imposer ?

  • 28 février 2006

    Suez-GDF : une guerre civile européenne ?

    Nous sommes en août 14, vient de déclarer M. Tremonti : l’affaire Enel-Suez serait le prodrome des guerres civiles européennes. Cette phrase terrible est elle-même la réponse à une image marquante, celle d’un Premier ministre français flanqué de deux PDG muets pour annoncer la fusion de deux entreprises énergétiques cotées, en réponse à l’OPA subliminale d’Enel. Commedia dell’arte contre cocorico du coq gaulois, faut-il que l’Europe soit à ce point en crise pour permettre un tel spectacle !

  • 27 février 2006

    Puissances émergentes, puissances gourmandes

    L’Inde et le Brésil veulent jouer dans la cour des grands. Ils aspirent à obtenir un siège permanent dans un Conseil de Sécurité réformé. Pour eux la mondialisation est une occasion unique de faire coïncider puissance politique et puissance économique. Ils ont fait un pari politique sur la mondialisation, qu’il faut essayer de comprendre.

  • 25 février 2006

    Les classements internationaux d’universités ont-ils un sens?

    Lorsqu’en 2003, le site Internet de l’Université Jiao Tong de Shanghaï rendait public le premier classement mondial des 500 meilleures universités, cet objet nouveau a d’abord été accueilli, dans les milieux universitaires, avec un scepticisme condescendant. Qu’une université chinoise quasi-inconnue ose prétendre classer les meilleures universités du monde... En 2004, pourtant, un périodique britannique, le Times Higher Education Supplement, emboîtait le pas en proposant son propre ranking. La controverse fait depuis lors rage, sur la méthodologie, les critères, la pertinence même d’un classement pour évaluer les performances des établissements d'enseignement supérieur. Mais faute d’autres instruments de comparaison, ces classements ont fini par faire autorité.

  • 20 février 2006

    L’OMC, l’Europe et les OGM

    La question des OGM jugée en ce moment à l’Organisation mondiale du commerce oppose les Etats-Unis, le Canada et l’Argentine (les plaignants) à l'Union Européenne (le défenseur). Le 6 février 2006, le panel OMC a communiqué aux parties ses conclusions préliminaires ; celles-ci ne modifieront pas le cadre juridique dans lequel l’Union Européenne prend des décisions sur les OGM. Les commentaires suggérant le contraire se sont tout simplement trompés.

  • 19 février 2006

    Mondialisation : pourquoi l’Europe perd du terrain

    Insuffisamment attractive pour les entreprises étrangères, l’Europe ne parvient pas à faire glisser ses activités traditionnelles vers les nouveaux secteurs dans lesquels elle devrait avoir un avantage comparatif. Mais en partant de l’analyse de ses handicaps, on peut convertir la menace en opportunité.

  • 15 février 2006

    Mittal ou le business model du capitalisme émergent

    Le groupe Mittal s’est construit en moins de quinze ans sur des investissements allers-et-retours entre pays émergents et pays post-socialistes (d’abord les pays émergents : Indonésie, Mexique, puis le Kazakhstan post-socialiste avec pour débouché la Chine, pays à la fois émergent et « socialiste », véritable cœur de son expansion ensuite tous azimuts). Il est ainsi à la fois très représentatif des grands groupes des pays émergents, et donc annonciateur de leur essor, mais aussi de celui de quelques groupes d’« oligarques » de l’est. Ne nous laissons pas surprendre à nouveau.

  • 14 février 2006

    Le capitalisme à la Mittal

    La carte du capitalisme mondial est en train de changer à grande vitesse. Les multinationales des pays émergents s’imposent désormais sur la scène internationale. Si depuis quelque temps déjà les noms des sud-coréens Samsung et LG étaient déjà connus du grand public, d’autres acteurs font désormais irruption à leur tour sur la scène internationale. Ainsi, en 2005, le géant chinois Lenovo s’est fait une place au soleil des firmes multinationales en gobant les PC de l’américain IBM. Début 2006, c’est au tour du géant Mittal, basé à Amsterdam mais dont le capital est d’origine indienne, d’acquérir une notoriété internationale en portant son dévolu sur l’européen Arcelor. Ces exemples ne sont pas cependant des cas isolés, bien au contraire.

  • 14 février 2006

    Laisse passer Trichet, je laisserai passer Stark

    Juergen Stark vient d’être nommé au conseil d’administration de la Banque centrale européenne (BCE), en remplacement de son compatriote Otmar Issing, qui termine son mandat de huit ans, non renouvelable. Avec lui, tous les six membres initialement nommés quand la BCE a été créée auront été remplacés. Et les grands pays (Allemagne, Espagne, France et Italie) ont réussi le coup de se réserver chacun un des quatre sièges. Comme tous les autres anciens et nouveaux membres du Conseil d’administration, Stark vient de la haute administration économique (ministères des Finances ou banques centrales, parfois les deux). Cela garantit un conseil homogène, sans opinions divergentes. La machine va pouvoir ronronner à l’abri de toute influence pernicieuse sur son mode de pensée et surtout sans débat interne sur sa compréhension de ce qu’est, ou doit être, la politique monétaire.