Déficits : pour savoir ce que les candidats feraient, regardons ce que leurs prédécesseurs ont fait


La France est récemment sortie de la procédure de déficit excessif initiée par la Commission européenne en 2003, ce qui a entraîné un concert d’auto-félicitations sur la bonne conduite des finances publiques françaises. Mais la France reste un des cancres européens en la matière. Elle a aujourd’hui le déficit public le plus élevé des pays de la zone euro (2,6% du PIB), après l’Italie, la Grèce et le Portugal. Pour 2007, les analystes projettent généralement que seuls la Grèce et le Portugal feront « pire » que la France en termes de déficit budgétaire.

Depuis cet été, les différents partis candidats aux élections présidentielles ont publié leurs programmes ou des éléments de programme. Différents instituts ont tenté d’en chiffrer le coût. Il est difficile de se livrer à ce type d’exercice : les évaluations ex post et ex ante diffèrent souvent et le coût dépend de la mise en œuvre de la mesure. En outre, ces programmes mentionnent rarement comment les mesures seront financées, et les différents candidats ont été peu diserts sur ce sujet jusqu’à présent. Nicolas Sarkozy s’est engagé à réduire le déficit budgétaire à 1,5% du PIB dans les 5 ans qui suivraient son élection et à ramener la dette publique en dessous des 60% ; sans s’engager sur une cible chiffrée, Ségolène Royal a annoncé qu’elle voulait réduire les déficits et la dette.

Comme les programmes fournissent peu d’information sur les perspectives budgétaires, on peut tenter d’extraire de l’information des comportements passés.

Prenons d’abord les indicateurs les plus synthétiques des finances publiques et leur évolution sous les différents gouvernements. Depuis 1981 :
- la croissance a été plus forte sous les législatures de gauche que de droite
- les déficits budgétaires ont augmenté sous deux législatures de gauche sur trois ; ils ont diminué sous les législatures de droite
- les dépenses publiques ont augmenté sous deux législatures de gauche sur trois, alors que les recettes publiques augmentaient aussi, mais moins vite ; les dépenses publiques ont diminué sous deux législatures de droite sur trois et les recettes publiques ont augmenté
- la dette publique, nette ou brute, a augmenté sous toutes les législatures

Pour comprendre un peux mieux l’évolution des finances publiques, regardons maintenant comment les dépenses et recettes ont augmenté sous les six législatures, en comparaison avec les autres pays de l’OCDE. Depuis 1981, non seulement les dépenses ont augmenté en termes de PIB en France de 49,6% en 1988 à 53,8% en 2006, mais elles ont diminué dans les autres pays, si bien que la France se retrouve un des pays les plus dépensiers de l’OCDE. Parallèlement, les recettes budgétaires (et donc l’impôt) ont augmenté plus rapidement en France que dans d’autres pays, même si la différence est moins spectaculaire.

Evolution des dépenses publiques à travers les législatures


 


1988


 


1993


 


1997


 


2002


 


2006

Danemark


55.7


FI


64.8


DN


57.1


DN


54.9


FR


53.8

Pays Bas


54.7


DN


60.6


FI


56.2


FR


52.6


DN


51.8

Belgique


53.7


IT


56.4


FR


53.7


AT


50.7


IT


49.6

Autriche


53.2


AT


56.0


AT


53.0


BG


49.9


AT


49.1

Italie


50.4


BG


54.7


BG


51.0


GR


49.2


BG


49.0

France


49.6


FR


54.4


IT


50.2


FI


48.8


FI


48.9

Finlande


46.4


NL


54.1


GR


49.3


DE


48.0


PO


47.5

Grèce


43.1


GR


51.0


DE


48.3


IT


47.4


NL


46.7

RU


41.4


SP


48.6


NL


46.8


NL


46.2


DE


45.9

Espagne


40.1


DE


48.3


PO


42.9


PO


44.3


GR


45.6

Portugal


37.1


UK


46.1


UK


41.6


UK


42.0


UK


45.3

Etats-Unis


36.2


PO


45.8


SP


41.0


SP


38.7


SP


38.0

Allemagne


 


US


38.0


US


35.4


US


36.3


US


36.5

Source: OECD, Barclays Capital.

Evolution des recettes publiques à travers les législatures

style='width:360pt;margin-left:5.65pt;border-collapse:collapse;border:none'>

 


1988


 


1993


 


1997


 


2002


 


2006

Danemark


57.4


DN


56.8


DN


56.6


DN


55.1


DN


55.2

Finlande


51.6


FI


56.5


FI


55.0


FI


52.9


FI


51.4

Pays-Bas


50.7


AT


51.6


AT


51.1


AT


50.0


FR


51.1

Autriche


49.8


NL


51.4


FR


50.7


BG


49.8


BG


49.0

France


47.1


FR


48.5


BG


49.0


FR


49.4


AT


47.8

Belgique


46.6


BG


47.4


IT


47.6


DE


44.4


NL


46.3

Roy.-Uni


41.8


IT


46.3


DE


45.7


IT


44.4


IT


44.9

Italie


39.3


DE


45.3


NL


45.5


NL


44.2


DE


43.5

Espagne


36.9


SP


41.7


GR


42.8


GR


43.9


GR


42.9

Portugal


33.4


UK


38.2


PO


39.5


PO


41.4


PO


42.8

Etats-Unis


32.6


PO


38.1


UK


39.5


UK


40.2


UK


42.3

Grèce


31.8


GR


37.9


SP


38.2


SP


38.4


SP


39.4

Allemagne


 


US


33.0


US


34.6


US


32.5


US


34.2

Source: OECD, Barclays Capital.

Au total, il semble donc que la France a atteint les limites de l’augmentation des recettes et dépenses. L’expérience des législatures précédentes ne fournit donc sûrement pas un bon guide de ce qui risque de se passer dans cette législature, mais suggère que la réforme des finances publiques n’a pour le moment pas été une priorité des gouvernements en place depuis 1981. A contrario, cette rétrospective suggère que tout gouvernement qui voudrait gagner des marges de manœuvre budgétaires devra réfléchir à tailler dans les dépenses, puisque augmenter l’impôt ne semble plus être une option possible aujourd’hui.

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